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Programme Yi Jing - Module resonance Healy

Programme Yi Jing – Module resonance Healy

Le livre des changements – Yi Jing en chinois – est sans aucun doute l’un des livres les plus importants de la littérature mondiale. Son origine remonte à l’antiquité mythique, et il a occupé jusqu’à nos jours l’attention des savants les plus éminents de la Chine. Presque tout ce qu’il y a de plus grand et de plus important au cours des trois mille ans d’histoire culturelle chinoise s’est inspiré de ce livre ou a exercé une influence sur l’interprétation de son texte.

Par conséquent, on peut dire sans risque que la sagesse chevronnée de milliers d’années est entrée dans la fabrication du Yi Jing . Il n’est donc pas étonnant que les deux branches de la philosophie chinoise, le confucianisme et le taoïsme, aient ici leurs racines communes. Le livre jette une lumière nouvelle sur bien des secrets cachés dans les modes de pensée souvent déroutants de ce mystérieux sage lao-tsé et de ses élèves, ainsi que sur de nombreuses idées qui apparaissent dans la tradition confucéenne comme des axiomes, acceptés sans autre examen.

Le Yi Jing n’a rien à voir avec la « divination »

Il s’agit du développement humain et de la connaissance de soi, en comprenant d’abord la dynamique de toute situation et ensuite quelles actions conséquentes pourraient être appropriées, même lorsque l’action conseillée est la plus difficile ou peut aller à l’encontre des souhaits ou des espoirs de l’enquêteur.

Parfois, la réponse offerte par l’oracle n’est pas ce que vous voulez entendre, mais avec le temps, vous vous rendez compte que c’est toujours juste. Souvent, les lignes changeantes exposent les conséquences de différents types d’action possibles dans n’importe quelle situation.

Le Yi Jing est, sans aucun doute, l’une des plus grandes œuvres de philosophie de l’histoire de la race humaine, une représentation unique de la façon dont les grandes forces du cosmos interagissent avec une vie humaine alors que nous rencontrons un changement continu. Il est intemporel, et quelle que soit la façon dont la société humaine semble évoluer et changer à l’extérieur, l’oracle reste pertinent et d’une valeur inestimable pour ce qui se passe en nous.

Programme Yi Jing – Module resonance Healyly

Base de données Programme Yi Jing – Module resonance Healy

K'ien / Le créateur (83)

L’hexagramme se compose de six traits pleins. Les traits pleins correspondent à la puissance originelle yang qui est lumineuse, forte, spirituelle, active. L’hexagramme est uniformément fort de nature. En tant qu’aucune faiblesse ne s’attache à lui, il a pour propriété la force. Son image est le ciel. La force est représentée comme n’étant pas liée à des conditions spatiales déterminées : elle est par suite conçue comme mouvement. Ce qui est tenu pour le fondement de ce mouvement est le temps. L’hexagramme inclut donc également la puissance du temps et la puissance de la persévérance dans le temps, la durée.

Dans l’interprétation de l’hexagramme il faut toujours considérer un double sens : le sens macrocosmique et l’action dans le monde des hommes. Appliqué aux événements de l’univers, ce signe exprime la puissante action créatrice de la divinité. Envisagé par rapport au monde des hommes, il désigne l’action créatrice des saints sages, du souverain ou guide des hommes qui, par sa puissance, éveille et développe leur nature supérieure (84).

Le jugement

LE CRÉATEUR opère une sublime réussite, favorisant par la persévérance.
Suivant la signification première, les attributs (sublimité, possibilité de réussite, pouvoir de favoriser, persévérance) vont deux par deux. Pour celui qui obtient cette réponse de l’oracle, cela signifie qu’il recevra en partage un succès venant des profondeurs sous-jacentes aux événements de l’univers et que tout dépend du fait qu’il ne cherche son bonheur et celui des autres que par la persévérance dans la voie droite.

Les significations spécifiques des quatre attributs sont devenues très tôt un objet de spéculation. Le mot chinois que nous traduisons par « sublime » signifie : « tête, origine, grand ». C’est pourquoi l’explication de Confucius déclare : « Grande en vérité est la puissance originelle du créateur ; tous les êtres lui doivent leur commencement. Et cette puissance pénètre le ciel tout entier. »

Ce premier attribut pénètre aussi les trois autres. Le commencement de toutes choses se trouve encore pour ainsi dire dans l’au-delà, sous forme d’idées qui doivent toutefois passer au stade de la réalisation. Mais dans le créateur se trouve aussi le pouvoir de prêter forme à ces archétypes des idées : cette notion s’exprime dans le mot « réussite ». Ce processus est représenté par une image de la nature : « Les nuages passent et la pluie opère, et tous les êtres individuels affluent dans leur forme (85) ».

Appliqués au domaine de l’homme, ces attributs montrent au grand homme le chemin de la grande réussite : « Parce qu’il voit avec une grande clarté les causes premières et les effets, il accomplit en temps opportun les six degrés et s’élève sur eux vers le ciel en temps opportun, comme sur six dragons. » Les six degrés sont les six positions différentes à l’intérieur de l’hexagramme, qui sont représentées plus loin sous l’image de dragons. Ce qui est désigné ici comme le chemin de la réussite est la connaissance et la réalisation de la Voie (Tao) de l’univers qui, en tant que loi parcourant le commencement et la fin, produit tous les phénomènes conditionnés par le temps. De la sorte, chaque degré atteint est en même temps la préparation du suivant, et le temps n’est plus un obstacle, mais le moyen qui permet la réalisation du possible.

L’acte de la création a trouvé à s’exprimer dans les termes de « sublime » et de « réussite ». L’œuvre de conservation est maintenant montrée comme une actualisation et une différenciation continuelles de la forme. Elle se traduit par les deux expressions « favorisant », litt. : « créant ce qui correspond à la nature » et « persévérant », litt. « juste et ferme ». « La marche du créateur modifie les êtres et leur donne forme, jusqu’à ce que chacun ait atteint sa juste nature, celle qui lui est destinée ; il les conserve alors en conformité avec la grande harmonie. Il se révèle ainsi comme favorisant par la persévérance. »

Dans le domaine humain, on voit par là comment le grand homme confère au monde la paix et la sécurité par son action ordonnatrice : « Tandis qu’il s’élève, dominant de la tête, au-dessus de la foule des hommes, toutes les régions se réunissent dans la paix. »

Une autre spéculation pousse plus loin la distinction des mots « sublime, réussite, favorisant, persévérant » et les place en parallèle avec les quatre vertus cardinales. A la « sublimité » qui, en tant que principe fonda- mental, inclut tous les autres attributs, est rattaché l’amour. A l’attribut de « réussite » sont rattachés les rites (86) qui règlent et ordonnent les expressions de l’amour et, par suite, assurent leur réussite. Au terme « favorisant » est rattachée la justice qui crée des situations dans lesquelles chacun reçoit ce qui correspond à sa nature, ce qui lui est dû et qui fait son bonheur. A l’attribut de « persévérance » est rattachée la sagesse qui reconnaît les lois fixes de tous les événements et peut en conséquence créer des situations durables.

Ces spéculations, qui apparaissent déjà dans l’un des commentaires formant la seconde partie du Yi King, le Wen Yen, ont constitué le pont qui a permis de réaliser l’union de la philosophie des cinq degrés de transformation (éléments), solidement établie dans le Livre des Annales, avec celle du Yi King qui, fondée seulement sur la dualité polaire des principes positif et négatif, a ouvert la porte à un symbolisme des nombres qui est allé se développant dans le cours du temps (87).

L’image

  • Le mouvement du ciel est puissant.
  • Ainsi l’homme noble se rend fort et infatigable.

Puisqu’il n’y a qu’un seul ciel, le redoublement du signe K’ien qui a le ciel pour image signifie le mouvement du ciel. Une révolution complète du ciel constitue un jour. Le redoublement du trigramme signifie que chaque jour est suivi d’un autre. Ainsi se trouve engendrée l’idée de temps. En outre, comme c’est le ciel lui-même qui se meut dans sa force infatigable, une autre idée apparaît, celle d’une durée puissante dans le temps et au-dessus de lui, et d’un mouvement qui ne cesse ni ne se ralentit jamais, de même qu’un jour succède inlassablement à un autre jour. Cette durée dans le temps est l’image de la force qui doit être attribuée en propre au créateur.
Le sage emprunte à ce tableau le modèle de la manière dont il doit se développer en vue d’exercer une action durable. Il doit se rendre intégralement fort en écartant consciemment tous les éléments vulgaires ou dégradants. Il parvient ainsi à se rendre infatigable, qualité que l’on acquiert en limitant le champ de ses activités.

Les traits (88)

Neuf au commencement signifie :
Dragon caché. N’agis pas.

Le dragon possède en Chine une tout autre signification que dans la conception occidentale. Il symbolise la force électrique, motrice, excitante qui se manifeste dans l’orage. En hiver, cette force se retire dans la terre ; elle rentre en action au début de l’été et apparaît dans le ciel sous forme d’éclair et de tonnerre. Ces phénomènes sont suivis de la pluie qui fait redescendre dans la terre les vertus célestes.
Ici la force créatrice demeure cachée à l’intérieur de la terre et n’exerce encore aucune action. Appliqué aux situations humaines, cela signifie qu’un homme remarquable est encore inconnu. Cependant il demeure fidèle à lui-même. Il ne se laisse pas influencer par le succès ou l’échec extérieurs mais, fort et serein, il attend son heure.

Il convient donc que celui qui, consultant l’oracle, trace ce trait, attende dans une patience paisible et forte. Les temps s’accompliront bientôt. Il n’y a pas à craindre qu’une volonté ferme ne s’impose pas. Il importe toutefois d’éviter de dépenser prématurément sa force et de vouloir obtenir par contrainte quelque chose dont ce n’est pas encore l’heure.

Neuf à la deuxième place signifie :

Dragon apparaissant dans le champ.
Il est avantageux de voir le grand homme.

Les effets de la force lumineuse commencent ici à se manifester. Appli- qué aux affaires humaines, cela veut dire que le grand homme apparaît dans le champ de son activité. Il n’occupe pas encore une place prédominante, mais demeure pour l’instant au milieu de ses pairs. Ce qui le distingue toutefois des autres est son sérieux, sa nature digne d’une confiance sans ré- serve, l’action qu’il exerce sur son entourage sans effort conscient. Un tel homme est destiné à acquérir une grande influence et à mettre le monde en ordre. C’est pourquoi il est avantageux de le voir.

Neuf à la troisième place signifie :

L’homme noble (89) exerce tout le jour une activité créatrice. Le soir il est encore rempli de soucis intérieurs. Danger. Pas de blâme.

Un champ d’activité s’ouvre pour l’homme remarquable. Sa réputation commence à se répandre. Les masses accourent vers lui. Sa force intérieure est au niveau de son action extérieure accrue (90). Des affaires s’offrent à lui à pleines mains et, le soir encore, alors que les autres se reposent, il est accablé par les plans et les soucis. Mais il existe un danger à la place du pas- sage de la position inférieure à la position élevée (91). Plus d’un grand homme déjà s’est perdu parce que les masses accouraient vers lui et l’en- traînaient dans leur sillage. L’ambition a détruit la pureté intérieure. Mais les tentations ne causent pas d’atteinte à la vraie grandeur. Si l’on demeure en contact avec les germes de l’époque nouvelle et ses exigences, on possède suffisamment de prudence pour éviter de s’égarer et l’on demeure sans reproche.

Neuf à la quatrième place signifie :

Vol hésitant au-dessus des profondeurs. Pas de blâme.

On parvient ici à la place du passage, où l’action libre peut se dé- ployer. L’homme remarquable se trouve devant une double possibilité : ou bien prendre son essor et jouer un rôle déterminant dans la vie du monde, ou bien faire retraite et cultiver sa personnalité dans la quiétude : la voie du héros ou celle du saint caché. Il n’y a pas de règle générale pour décider de la voie juste. Celui qui se trouve dans une telle situation doit décider librement suivant la loi la plus intime de sa nature. S’il agit d’une manière entièrement sincère et conséquente, il trouve la voie qui lui convient, et cette voie est pour lui bonne et sans reproche.

Neuf à la cinquième place signifie (92) :

Dragon volant dans le ciel. Il est avantageux de voir le grand homme.

Le grand homme est ici parvenu à la sphère des natures célestes, Son influence s’étend au loin de façon visible sur le monde entier. Quiconque le voit peut se proclamer bienheureux. Confucius dit à ce sujet : « Les choses qui sont consonantes vibrent en- semble. Les choses qui ont entre elles des affinités dans leur essence intime se recherchent mutuellement. L’eau coule vers ce qui est humide, le feu se tourne vers ce qui est sec. Les nuages (haleine de l’air) suivent le dragon, le vent (haleine de la terre) suit le tigre. Ainsi le sage s’élève et tous les êtres tournent les yeux vers lui. Ce qui naît du ciel se sent apparenté aux choses d’en haut. Ce qui naît de la terre se sent apparenté aux choses d’en bas. Chacun suit son espèce ».

Neuf en haut signifie :

Dragon orgueilleux aura à se repentir.

Lorsqu’un homme veut s’élever si haut qu’il perd le contact avec les autres hommes, il devient isolé, et cela le conduit fatalement à l’échec. Il y a là une mise en garde contre une aspiration titanesque qui va au-delà de ses propres forces. La conséquence en serait une chute brutale et profonde.

Si l’on n’obtient que des neuf, cela signifie :

Il apparaît un vol de dragons sans tête : Fortune.

Lorsque tous les traits sont des neuf, l’hexagramme tout entier se met en mouvement et se transforme dans le signe K’ouen, le réceptif, dont le caractère est la soumission pleine d’abandon. La force du créateur s’unit à la douceur du réceptif. La force est indiquée par le vol de dragons, et la douceur, par le fait que les têtes sont cachées. Cela veut dire : douceur dans l’action jointe à la force de la décision est source de fortune.

K'ouen / Le réceptif

Cet hexagramme est entièrement composé de traits brisés. Les traits brisés correspondent à la puissance originelle du yin, qui est sombre, malléable, réceptive. La propriété de l’hexagramme est le don de soi (93), son image est la terre. C’est le complément du créateur, son complément et non son opposé, car il ne le combat pas mais le complète. C’est la nature en face de l’esprit, la terre en face du ciel, le spatial en face du temporel, le féminin maternel en face du masculin paternel.

Cependant, appliqué aux situations humaines, le principe de cette complémentarité ne se rencontre pas seule- ment dans les relations entre l’homme et la femme, mais aussi dans les rap- ports entre le prince et son ministre, le père et son fils ; au sein de l’individu lui-même, cette dualité se retrouve dans la coexistence du spirituel et du sensible.

On ne peut toutefois parler de véritable dualisme, car il existe entre les deux hexagrammes une claire relation hiérarchique. En soi, le réceptif est naturellement aussi important que le créateur, mais l’attribut de « don de soi » définit la place que cette vertu primordiale occupe par rapport à la première. Elle doit être placée sous la conduite et l’impulsion du créateur ; elle produit alors d’heureux résultats. Mais si elle sort de cette place et veut marcher aux côtés du créateur et à égalité avec lui, elle devient mauvaise. Il s’élève alors entre elle et le créateur une opposition et une lutte qui produisent des effets néfastes pour l’un et l’autre.

 

Le jugement

LE RÉCEPTIF opère une sublime réussite, favorisant par la persévérance d’une jument. Si l’homme noble doit entreprendre quelque chose et veut se mettre en avant, il s’égare ; mais s’il suit, il trouve une direction. Il est avantageux de trouver des amis à l’ouest et au sud et de se passer d’amis à l’est et au nord. Une persévérance paisible apporte la fortune.

Les quatre aspects fondamentaux du créateur : « la sublime réussite favorisant par la persévérance » servent également à caractériser le réceptif. Toutefois, la persévérance est ici définie avec plus de précision comme étant celle d’une jument. Le réceptif désigne la réalité spatiale face à la potentialité spirituelle du créateur. Quand le potentiel devient effectif et le spirituel, spatial, cela survient toujours au moyen d’une détermination qui limite et individualise. Cela est indiqué en ajoutant à l’expression « persévérance » le déterminatif « d’une jument ».

Le cheval appartient à la terre comme le dragon au ciel : en parcourant infatigablement les plaines, il symbolise la vaste étendue de la terre. Le terme de « jument » est choisi parce qu’il unit la force et l’agilité du cheval à la douceur et à la soumission de la vache.

Ce n’est que parce que les dix mille formes de la nature répondent aux dix mille impulsions du créateur que la terre peut rendre ces dernières effectives. La richesse de la nature consiste en ce qu’elle nourrit tous les êtres, et sa grandeur, en ce qu’elle les rend beaux et splendides. Elle fait ainsi prospérer tout ce qui vit. Tandis que le créateur engendre les êtres, la nature les enfante. Appliqué à la conduite humaine, l’hexagramme indique qu’il faut se comporter en conformité avec la situation. Le consultant de l’oracle n’est pas dans une position indépendante, mais son activité est celle d’un assistant. Cela signifie qu’il doit mener à bien une tâche. Ne pas vouloir diriger – il ne ferait que s’égarer – mais se laisser diriger, tel est son rôle. S’il sait adopter une attitude d’acceptation à l’égard du destin, il est assuré de trouver une direction correspondante. L’homme noble se laisse guider. Il ne va pas de l’avant en aveugle, mais se laisse enseigner par les circonstances ce qui est exigé de lui, et il suit ces directives du destin.

Puisqu’une tâche doit être menée à bien, il faut des auxiliaires et des amis pour l’heure du travail et de l’effort, une fois que les pensées qui doivent être réalisées ont été déterminées avec fermeté. Le temps du travail et de l’effort est exprimé par l’ouest et le sud, car c’est là que le réceptif oeuvre pour le créateur, de même que la nature en été et à l’automne. Si l’on ne rassemble pas toutes ses forces, on ne viendra pas à bout du travail à accomplir. C’est pourquoi « avoir des amis » signifie ici réaliser sa tâche. Mais, en dehors du travail et de l’effort, il existe aussi un temps pour les plans et les ordres : pour cela, la solitude est nécessaire. L’est symbolise le lieu où l’on reçoit les ordres de son maître, et le nord, celui où l’on rend compte de ce que l’on a accompli. Là il faut être seul et objectif. A cette heure sacrée, on doit se passer de compagnons afin que la pureté ne soit pas souillée par la haine et la partialité des factions.

L’image

L’état de la terre est le DON DE SOI RÉCEPTIF. Ainsi l’homme noble à la vaste nature porte le monde extérieur.

De même qu’il n’y a qu’un ciel, il n’y a également qu’une terre. Tandis que, dans le premier hexagramme, le ciel, le redoublement du signe traduit la durée temporelle, dans le second, la terre, il signifie l’extension dans l’espace et la fermeté avec laquelle la terre porte et conserve tout ce qui vit et se meut sur elle. La terre, dans son abnégation, porte le bien et le mal sans exception. Ainsi l’homme noble rend son caractère vaste, solide, endurant, de manière à être capable de porter et de supporter les hommes et les choses.

Les traits

Six au commencement signifie :

Quand on marche sur du givre, la glace solide n’est pas loin.
De même que la force lumineuse représente la vie, la force sombre signifie la mort. A l’automne, lorsque survient la première gelée, la force de l’obscurité et du froid commence seulement à se déployer. Après les premiers signes, les manifestations de la mort se multiplient graduellement suivant des lois déterminées, jusqu’au moment où, finalement, le plein hiver est là avec sa glace.

Il en est exactement de même dans la vie. Une fois que certains signes à peine perceptibles du déclin ont fait leur apparition, le mouvement s’accentue jusqu’à ce que, finalement, la décrépitude s’installe. Mais dans la vie il est possible de prévenir la décadence en étant attentif à ses signes et en les affrontant en temps voulu.

Six à la deuxième place signifie :

Direct, carré, grand.
Sans dessein, rien pourtant ne demeure qui ne soit favorisé.
Le ciel a pour symbole le cercle, et la terre, le carré. Ainsi la forme car- rée est l’attribut fondamental de la terre. Par contre le mouvement rectiligne est primitivement une propriété du créateur, de même que la grandeur. Toutefois les choses carrées ont leur racine dans la ligne droite et forment à leur tour des corps solides. En mathématiques on distingue les lignes, les plans et les solides ; les lignes droites donnent naissance aux plans rectangulaires,et les plans rectangulaires aux corps cubiques. Le réceptif se règle suivant les propriétés du créateur et les fait siennes. Ainsi un carré se développe à partir d’une ligne droite, et un cube à partir d’un carré. On a là la pure sou- mission à la loi du créateur : rien n’est retranché, rien n’est ajouté. C’est pourquoi le réceptif n’a pas besoin de dessein ou d’effort particulier, et ce- pendant tout va bien.

La nature engendre les êtres sans fausseté ; c’est là sa rectitude. Elle est paisible et calme ; c’est ainsi qu’elle est carrée. Elle ne refuse à aucun être de le supporter ; c’est là sa grandeur. C’est pourquoi elle atteint sans artifice et sans dessein particulier ce qui est le bien de toutes choses. Quant à l’homme, il parvient à la suprême sagesse lorsque toutes ses actions se révèlent aussi aisées à comprendre d’elles-mêmes que l’est la nature.

Six à la troisième place signifie :

Traits cachés. On est capable de demeurer persévérant. Si par hasard tu es au service d’un roi, ne recherche pas les travaux, mais parachève. Quant un homme est affranchi de la vanité, il est capable de dissimuler ses traits de manière à ne pas attirer prématurément l’attention sur lui. Il peut ainsi mûrir en paix. Si les circonstances le demandent, il est capable de se mettre en évidence, mais là encore il garde la réserve. Le sage laissera volontiers la gloire aux autres. Il ne cherche pas à ce que des résultats tout prêts lui soient attribués, mais il fait porter son espoir sur les causes premières opérantes ; en d’autres termes, il accomplit les actions de manière qu’elles portent des fruits pour l’avenir.

Six à la quatrième place signifie :

Sac ficelé. Pas de blâme. Pas d’éloge.
Le principe sombre s’ouvre quand il se meut et se ferme quand il se repose. L’attitude désignée ici est celle de la plus extrême réticence. L’heure est dangereuse : tout mouvement en avant conduira soit à l’hostilité d’adversaires plus forts si l’on veut combattre, soit à une fausse reconnaissance fondée sur un malentendu, si l’on se montre complaisant. Il convient donc de demeurer réservé, que ce soit dans la solitude ou dans l’agitation du monde, car là aussi nous pouvons si bien nous cacher que personne ne nous connaît.

Six à la cinquième place signifie :

Un vêtement de dessous jaune apporte une sublime fortune.
Le jaune est la couleur de la terre et du milieu, le symbole de ce qui est digne de confiance et authentique. Le vêtement de dessous ne comporte que des ornements sans éclat, symboles de la réserve d’un esprit noble. Si quel- qu’un est appelé à une place éminente mais non encore indépendante, le vrai succès repose sur la parfaite discrétion. L’authenticité et la finesse d’un homme ne doivent pas se manifester directement ; elles ne s’extérioriseront qu’indirectement, comme effets de l’intérieur.

Six en haut signifie :

Dragons se battant dans le pré. Leur sang est noir et jaune.
A la place supérieure, l’obscurité doit céder à la lumière. Si elle tente de se maintenir à une place qui n’est pas la sienne et de commander au lieu de servir, elle attire sur elle la colère du fort. Il en résulte un combat dans lequel elle s’effondre, non sans dommage pour les deux parties.

Le dragon, symbole du ciel, vient combattre le faux dragon dont le principe terrestre a usurpé la figure. Le bleu sombre est la couleur du ciel, le jaune est la couleur de la terre. Par conséquent, lorsqu’il coule un sang noir et jaune, c’est un signe que ce combat contre nature entraîne du dommage pour les deux forces fondamentales (94).

S’il n’apparaît que des six, cela signifie :

La persévérance durable est avantageuse.
S’il n’apparaît que des six, le signe du réceptif se transforme dans celui du créateur. Il acquiert ainsi la puissance de la durée en se tenant ferme- ment à ce qui est juste. Sans doute, il n’y a pas de progrès, mais il n’y a pas non plus de mal.

Tchouen / La difficulté initiale

Le nom de l’hexagramme, Tchouen, désigne proprement une herbe qui rencontre un obstacle dans son effort pour sortir de terre. De là vient le sens de « difficulté initiale ». L’hexagramme indique la manière dont le ciel et la terre produisent les êtres individuels. C’est leur première rencontre qui s’accompagne de difficulté. Le trigramme inférieur, Tchen, est l’éveilleur ; son mouvement est dirigé vers le haut. Il a pour image le tonnerre. Le signe supérieur est K’an, l’insondable, le dangereux. Son mouvement va vers le bas. Il a pour image la pluie. La situation décrit par conséquent une profusion dense et chaotique. Le tonnerre et la pluie remplissent l’air. Mais le chaos s’éclaire : le mouvement qui est dirigé vers le haut tandis que l’insondable s’enfonce, se dégage finalement du danger. Les tensions se déchargent dans l’orage et tous les êtres respirent, allégés.

Le jugement

LA DIFFICULTÉ INITIALE Opère une sublime réussite, favorisant par la persévérance. Ne rien entreprendre. Il est avantageux d’engager des auxiliaires.
Les temps de genèse sont entourés de difficultés. C’est comme une première naissance. Mais ces difficultés proviennent de la richesse des facteurs qui luttent pour acquérir une forme. Tout est conçu comme étant en mouvement : c’est pourquoi il existe, malgré le danger présent, une perspective de grand succès si l’on persévère. Lorsque le destin se présente sous l’aspect de pareils moments, tout demeure encore informe et sombre.

C’est pourquoi l’on doit attendre, car tout geste prématuré peut entraîner l’échec. Il est également d’une grande importance de ne pas rester seul. Il faut avoir des auxiliaires pour triompher avec eux du chaos. Mais cela ne veut pas dire que l’on doive demeurer passif à contempler les événements. On doit y mettre la main, en prodiguant partout encouragements et directives.

L’image

Nuages et tonnerre : image de la DIFFICULTÉ INITIALE.

C’est ainsi qu’agit l’homme noble, en démêlant et en mettant en ordre.
Les nuages et le tonnerre sont représentés par des lignes décoratives défi- nies. Cela veut dire que, dans le chaos de la difficulté initiale, l’ordre est déjà présent. C’est ainsi que l’homme noble doit, en de tels moments de début, articuler et ordonner l’abondance confuse, comme on sépare les uns des autres les fils de soie d’une pelote emmêlée et qu’on les unit en écheveaux. Pour se reconnaître dans l’infini, il faut distinguer et unir.

Les traits

Neuf au commencement signifie : Hésitation et obstacles.

Il est avantageux de demeurer persévérant. Il est avantageux d’engager des auxiliaires.

Lorsqu’au début d’une entreprise on se heurte à un obstacle, il ne faut pas vouloir avancer à toute force, mais on doit se montrer prudent et faire une pause. Toutefois on ne doit pas se laisser déconcerter, mais il faut garder devant les yeux, avec persévérance, le but que l’on poursuit. Il est important de rechercher les concours convenables. On ne les trouve que si l’on demeure modeste dans le commerce avec les hommes et que l’on évite de s’enorgueillir. Ce n’est qu’ainsi qu’on groupe autour de soi les hommes dont l’aide permet de s’attaquer aux difficultés. Six à la deuxième place signifie : Les difficultés s’accumulent. Cheval et chariot se séparent. Ce n’est pas un brigand, il fera sa demande en son temps. La jeune fille est chaste, elle n’engage pas sa foi. Dix ans, et elle engage alors sa foi.

On se trouve aux prises avec la difficulté et les obstacles. Puis un tournant survient tout à coup, comme si quelqu’un arrivait avec un chariot et un cheval et dételait. Cet événement se produit de façon si surprenante que l’on croit voir un bandit dans le nouvel arrivant. Peu à peu on s’aperçoit qu’il n’a pas d’intentions mauvaises, mais qu’il cherche à nouer des relations amicales et qu’il offre son concours. Mais on n’accepte pas cette offre parce qu’elle n’émane pas de la bonne direction. Il faut attendre que les temps se soient accomplis : dix années constituent un espace de temps clos, un cycle achevé.

Les conditions normales reviennent alors d’elles-mêmes et nous pouvons de nouveau nous unir avec l’ami qui nous est destiné. Avec l’image de la fiancée qui, au sein d’un grave conflit, demeure fidèle à celui qu’elle aime, l’hexagramme donne un conseil pour une situation particulière de la vie : si, en temps de difficulté, quand on se heurte à des obstacles, un soulagement s’offre inopinément d’un secteur avec lequel on n’a aucun lien, l’on doit demeurer prudent et n’assumer aucune obligation entraînée par une telle aide ; s’il en était autrement, notre liberté de décision s’en trouverait lésée. Si l’on attend le moment, les conditions paisibles reviennent et l’on parvient à ce que l’on espérait (95).

Six à la troisième place signifie :

Qui chasse le cerf sans forestier
ne fait que s’égarer dans le bois.
L’homme noble comprend les signes du temps et préfère s’abstenir.
Continuer apporte l’humiliation.

Quand on veut chasser sans guide dans une forêt inconnue, on s’y égare. On ne doit pas vouloir s’évader des difficultés où l’on se trouve, sans examen et sans conseil. Le destin ne se laisse pas abuser. Des efforts prématurés sans la direction indispensable conduisent à l’insuccès et au déshonneur. C’est pourquoi l’homme noble, reconnaissant les germes des événements qui s’annoncent, préféré renoncer à un souhait plutôt que de s’attirer l’insuccès et la honte en cherchant à obtenir à tout prix son accomplissement.

Six à la quatrième place signifie :

Cheval et chariot se séparent.
Poursuis l’union.
Aller apporte la fortune.
Tout opère de façon avantageuse.

On est dans une situation où le devoir commande d’agir, mais la force fait défaut. Une occasion se présente cependant d’établir des contacts. Il faut la saisir. On ne doit pas se laisser retenir par une fierté mal placée ou une fausse réserve. C’est un signe de clarté intérieure que de se déterminer à accomplir le premier pas, même si une telle démarche comporte une certaine abnégation. Dans une situation difficile il n’y a pas de déshonneur à se faire aider. Lorsqu’on trouve les concours convenables, tout va bien.

Neuf à la cinquième place signifie :

Difficultés dans la bénédiction. Un peu de persévérance apporte la fortune, Beaucoup de persévérance apporte l’infortune. On se trouve dans le cas de n’avoir aucune possibilité de traduire ses bonnes intentions de manière qu’elles puissent se manifester réellement et être com- prises. D’autres personnes s’interposent et déforment ce que l’on fait. Il faut alors être prudent et s’avancer pas à pas. On ne doit pas vouloir à tout prix venir à bout d’une entreprise importante, car une telle affaire ne réussit que lorsqu’on jouit déjà de la confiance générale. C’est seulement dans le calme, au prix d’un travail fidèle et consciencieux, que l’on peut agir progressivement de telle sorte que les situations s’éclairent et que les obstacles tombent.

Six en haut signifie :

Cheval et chariot se séparent. Il coule des larmes de sang.
Il est des hommes pour qui les difficultés du début sont trop lourdes. Ils en demeurent prisonniers sans pouvoir en sortir. Ils baissent les bras et renoncent à la lutte. Une telle résignation est une chose des plus affligeantes. C’est pourquoi Confucius fait à ce propos la remarque suivante : « Des larmes de sang coulent : on ne doit pas persister dans une telle attitude ».

4. Mong / La folie juvénile

 

L’idée de la jeunesse et de la folie est suggérée de deux manières dans ce signe. Le trigramme supérieur, Ken, a pour figure une montagne, et le tri- gramme inférieur, K’an, a pour image l’eau. La source qui sort du pied de la montagne est le symbole de la jeunesse sans expérience. L’attribut du signe supérieur est l’immobilité, celui du signe inférieur, le danger. S’arrêter plein de perplexité devant un dangereux abîme est également un symbole de la folie juvénile. Mais les deux trigrammes renferment également la voie qui permet de surmonter les folies juvéniles : l’eau est quelque chose qui continue nécessairement de couler. Lorsque la source jaillit, elle ne sait pas tout d’abord où elle veut aller. Mais, par son écoulement incessant, elle remplit les endroits profonds qui font obstacle à son progrès ; le succès est alors ob- tenu.

Le jugement

LA FOLIE JUVÉNILE possède la réussite.
Ce n’est pas moi qui recherche le jeune fou,
c’est le jeune fou qui me recherche.
Au premier oracle, j’informe.
S’il interroge deux, trois fois, c’est de l’importunité. S’il est importun, je n’informe pas.
La persévérance est avantageuse.

Chez un être jeune, la folie n’est pas quelque chose de mauvais. Elle peut malgré tout lui réussir. Il faut seulement trouver un maître expérimenté et observer à son égard l’attitude convenable. Cela veut dire avant tout que le jeune homme doit avoir lui-même conscience de son manque d’expérience et rechercher un maître. Seuls cette humilité et cet intérêt garantissent l’existence de l’ouverture d’esprit indispensable qui s’exprime dans la respectueuse acceptation d’un maître.
C’est pourquoi le maître doit attendre paisiblement qu’on le recherche. Il ne doit pas s’offrir de lui-même : ce n’est qu’ainsi que l’enseignement portera ses fruits en temps opportun et de la manière convenable.

La réponse donnée par le maître aux questions du disciple doit être claire et précise comme celle que souhaite obtenir un consultant de l’oracle. Elle doit alors être reçue comme résolution du doute et comme décision. Des questions supplémentaires provoquées par la méfiance ou le manque de ré- flexion ne servent qu’à importuner le maître. Le mieux sera de garder le silence à leur sujet, de même que l’oracle ne donne qu’une réponse et refuse de se laisser tenter par des questions nées du doute.

Lorsqu’à cela s’ajoute une persévérance qui ne se relâche pas avant qu’on se soit assimilé les différents points l’un après l’autre, une belle réussite est assurée. Ainsi le conseil de l’hexagramme s’adresse au maître comme à l’élève.

L’image

Au pied de la montagne jaillit une source : image de la JEUNESSE.
Ainsi l’homme noble cultive son caractère en étant profond dans tous ses actes.

La source parvient à couler et à triompher de l’immobilité en remplissant tous les creux qui se rencontrent sur son chemin. De même la voie à suivre pour le développement du caractère est la profondeur, le sérieux qui ne néglige rien, mais, comme l’eau, comble toutes les lacunes progressive- ment et sans relâche, et poursuit ainsi sa marche en avant.

Les traits

Six au commencement signifie :
Pour faire évoluer l’insensé
il est avantageux d’imposer une discipline. On doit ôter les entraves.
Continuer d’agir ainsi apporte l’humiliation.

Au commencement de l’éducation est la loi. La jeunesse est tentée, dans son inexpérience, de tout prendre d’abord avec insouciance, comme un jeu. Il faut lui montrer le sérieux de la vie. Une certaine manière de se prendre en mains, la contrainte d’une ferme discipline est bonne. Qui joue avec la vie ne parvient jamais à rien. Mais la discipline ne doit pas dégénérer en dressage. Un dressage continuel donne un résultat humiliant et paralyse la force de l’homme.

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Neuf à la deuxième place signifie :

Supporter avec douceur les insensés procure la fortune. Savoir prendre les femmes procure la fortune.
Le fils est devenu apte à prendre en charge la maison.

L’oracle désigne ici un homme qui n’a pas de pouvoir extérieur, mais possède la force spirituelle nécessaire pour porter la responsabilité qui lui incombe. Il est doté de la supériorité et de la robustesse intérieures qui le rendent capable de supporter les lacunes de la folie humaine. La même dis- position vaut dans les relations avec les femmes en tant que sexe plus faible. Il faut savoir les prendre et avoir des égards pour elles en leur témoignant une certaine indulgence chevaleresque. Ce n’est qu’en unissant la force intérieure et la réserve extérieure que l’on pourra assumer la responsabilité de conduire un grand organisme social avec un réel succès.

Six à la troisième place signifie :

Tu ne dois pas prendre une jeune fille qui, voyant un homme d’airain,
ne demeure pas maîtresse d’elle-même. Rien n’est avantageux.

Un homme faible, inexpérimenté qui fait des efforts pour s’élever oublie facilement sa propre individualité quand il voit à un niveau supérieur une personnalité puissante qu’il imite servilement. Il ressemble à une jeune fille qui s’abandonne lorsqu’elle rencontre un homme fort. Il convient de ne pas encourager un mode d’approche si servile : l’attitude inverse ne serait bonne ni pour le jeune homme ni pour l’éducateur. Une jeune fille doit à sa dignité d’attendre d’être demandée en mariage. Dans les deux cas, il est in- digne de s’offrir et il n’est pas bon d’accueillir favorablement une telle offre.

Six à la quatrième place signifie :

Une folie juvénile limitée apporte l’humiliation.

Dans la folie juvénile, l’attitude qui laisse le moins d’espoir consiste à se prendre dans des réseaux d’imaginations vides. Plus on s’obstine dans de telles imaginations étrangères à la réalité, plus on s’attire à coup sûr des humiliations.
En face de ce dérèglement limité, le maître n’aura souvent d’autre ressource que de l’abandonner à lui-même pour un temps et de ne pas lui épargner l’humiliation qui s’ensuivra. Telle est bien des fois l’unique voie de salut.

O Six à la cinquième place signifie : La folie puérile apporte la fortune.
Un homme expérimenté qui recherche l’instruction d’une manière enfantine et dépourvue de prétention agit correctement, car quiconque, libre de toute arrogance, se place sous l’autorité d’un maître sera certainement favorisé.

Neuf en haut signifie :

Lorsqu’on châtie la folie, il n’est pas avantageux
de commettre des excès de pouvoir.
La seule chose avantageuse est d’écarter les excès de pouvoir.

Il arrive qu’un insensé incorrigible doive être châtié. Celui qui ne veut pas écouter devra en tâter. Punir ainsi quelqu’un est tout autre chose que de le secouer en commençant. Mais le châtiment ne doit pas être infligé sous le coup de la colère : on le limitera en veillant objectivement à éviter les excès injustifiés. La punition n’est pas à elle-même sa propre fin ; son but est de servir à instaurer un comportement conforme à l’ordre.

Ce conseil s’applique aussi bien à l’éducation qu’aux mesures qu’un gouvernement est amené à prendre contre une population qui s’est rendue coupable d’excès. L’intervention de l’autorité doit toujours demeurer préventive et avoir pour but unique l’instauration de la sécurité et de la paix publiques.

5. Su / L'attente (la nutrition)

Tous les êtres ont besoin de la nourriture d’en haut. Mais les aliments sont administrés en leur temps, qu’il faut attendre. L’hexagramme montre les nuages dans le ciel répandant la pluie qui réjouit tout ce qui croît et pourvoit l’homme de nourriture et de boisson. Cette pluie viendra à son heure. On ne peut la faire venir de force, mais il faut l’attendre. La pensée de l’attente est en outre suggérée par les propriétés de chacun des trigrammes : au-dedans, force ; devant, danger (96). Face au danger, la force ne se précipite pas mais sait attendre, tandis que la faiblesse tombe dans l’agitation et n’a pas la patience d’attendre.

Le jugement

L’ATTENTE. Si tu es sincère, tu possèdes lumière et réussite. La persévérance apporte la fortune. Il est avantageux de traverser les grandes eaux. L’attente n’est pas un espoir vide. Elle a la certitude intérieure d’atteindre son but. Seule cette certitude intérieure donne la lumière qui conduit à la réussite. Celle-ci mène à la persévérance qui apporte la fortune et confère la force de traverser les grandes eaux.

Le consultant a devant lui un danger qui doit être surmonté. La faiblesse et l’impatience sont impuissantes. Seul celui qui est fort viendra à bout de son destin, car il peut tenir ferme jusqu’à la fin grâce à son assurance intérieure. Cette force se révèle dans une sincérité inflexible. Ce n’est que lorsque l’homme est capable de regarder les choses telles qu’elles sont, sans illusion ni duperie à l’égard de lui-même, qu’il se dégage des événements une lumière grâce à laquelle on peut discerner la voie du succès. Une telle connaissance doit être suivie d’une action résolue et persévérante, car c’est seulement lorsque l’homme affronte résolument son destin qu’il peut en venir à bout. On peut alors traverser les grandes eaux, c’est-à-dire prendre la décision qui s’impose et tenir tête au danger.

L’image

« Des nuages montent dans le ciel : image de L’ATTENTE.

Ainsi l’homme noble mange et boit ; il est joyeux et de bonne humeur ».

Quand les nuages montent dans le ciel, c’est le signe qu’il va pleuvoir. Il ne reste alors plus rien à faire que d’attendre que la pluie tombe. Il en est de même dans la vie quand un destin se prépare. Lorsque les temps ne sont pas encore accomplis, on ne doit pas se mettre en souci et s’efforcer de façonner l’avenir par son activité et son intervention propres, mais il convient de rassembler paisiblement ses forces en mangeant et en buvant, pour ce qui est du corps, et en étant de bonne humeur, pour ce qui concerne l’esprit. Le destin vient de lui-même et alors on est prêt.

Les traits

Neuf au commencement signifie :

Attente dans le pré.
Il est avantageux de demeurer dans ce qui dure. Pas de blâme.
Le danger est encore loin. On attend encore sur le sol uni. Les conditions sont encore simples. Il y a seulement quelque chose dans l’air, qui va venir. Il convient alors de conserver la régularité de la vie, tant que cela demeure possible. Ce n’est qu’ainsi que l’on se garde de tout gaspillage prématuré des forces et que l’on demeure libre de toute tache et de toute faute qui constitueraient un affaiblissement pour plus tard.

Neuf à la deuxième place signifie :

Attente sur le sable.
Il y a un peu de bavardage.
La fin apporte la bonne fortune.

Le danger s’approche peu à peu. Le sable est près de la rive du fleuve, lequel symbolise le danger. Des désagréments commencent à se manifester. En un tel moment, il naît facilement un malaise général où les gens se rejettent mutuellement la faute. Celui qui demeure alors dans un état d’abandon (97) parviendra à ce qu’à la fin tout aille bien pour lui. Tous les médisants finiront par se taire si on ne leur fait pas le plaisir de leur répliquer par des propos offensants.

Neuf à la troisième place signifie :

L’attente dans la vase provoque l’arrivée de l’ennemi.

La vase, qui est déjà imprégnée de l’eau du fleuve, n’est pas un endroit favorable pour attendre. Au lieu de rassembler ses forces pour traverser l’eau d’un seul coup, on a fait une tentative prématurée dont l’élan n’a pas mené plus loin que la vase. Une situation si fâcheuse attire l’ennemi de l’extérieur, qui, naturellement, l’exploite. Ce n’est qu’avec du sérieux et de la prudence qu’il est possible de se mettre à l’abri de tout dommage.

Six à la quatrième place signifie :

Attente dans le sang. Sors du trou.

La situation est extrêmement dangereuse. Elle est devenue de la plus grande gravité : c’est une question de vie ou de mort. Il faut s’attendre d’un moment à l’autre à une effusion de sang. On ne peut ni avancer, ni reculer. Toute retraite est coupée, comme si l’on était dans un trou. Il n’est alors que de tenir bon et de laisser le destin suivre son cours. Ce calme, qui empêche le dommage de s’aggraver encore par une action personnelle, est le seul moyen de sortir du trou périlleux.

Neuf à la cinquième place signifie :

Attente avec du vin et de la nourriture. La persévérance apporte la fortune.
Même au milieu du danger, il est des moments de répit quand les choses vont relativement bien. Si l’on possède la force intérieure convenable, on exploitera les intervalles de calme pour se fortifier en vue d’un nouveau combat. On peut jouir du moment, sans pour autant se laisser détourner de son but, car la persévérance est nécessaire pour demeurer vainqueur. Il en est de même dans la vie publique.

On ne peut tout atteindre d’un seul coup. La suprême sagesse consiste à accorder au peuple des moments de récréation qui ravivent la joie au travail nécessaire pour mener l’ouvrage à bien. Ici se trouve caché le secret de l’hexagramme tout entier. Celui-ci se distingue de l’hexagramme : « l’obstacle » (n° 39) en ce qu’ici, tandis que l’on attend, on est sûr de son fait et, par suite, on ne se laisse pas dérober la paix que procure la joie intérieure.

Six en haut signifie :

On tombe dans le trou. Trois hôtes surviennent, qui n’étaient pas invités. Honore-les, ainsi la fortune viendra à la fin.

L’attente est terminée : le danger ne se laisse plus écarter. On tombe dans le trou et il faut se résoudre à l’inévitable. Tout semble alors avoir été vain. Mais c’est précisément dans cet état de détresse que survient un tournant imprévu. Sans que l’on ait agi personnellement, il se produit une intervention extérieure dont on peut tout d’abord se demander ce qu’elle signifie, si elle vise à la délivrance ou à la destruction. Il convient alors de conserver la mobilité intérieure : l’attitude juste n’est pas de se retrancher en soi-même et d’opposer un refus dans un geste de bravade, mais de saluer avec respect ce nouveau tour des événements. Ainsi l’on finit par sortir du danger et tout va bien. Même les changements heureux se présentent souvent sous une forme qui paraît étrange au premier abord.

6. Soung / Le conflit

Le trigramme supérieur dont l’image est le ciel se meut vers le haut, tandis que le trigramme inférieur, « l’eau », se dirige vers le bas, conformément à sa nature. Les mouvements des deux moitiés de l’hexagramme vont donc dans des sens opposés, d’où l’idée de conflit. L’attribut du créateur est la force, et celui de l’insondable, le danger, la perfidie. Là où la ruse a devant elle la violence, il y a conflit. Une troisième indication de cette idée se rencontre dans un caractère qui unit une perfidie insondable au-dedans et une ferme résolution au-dehors. Un caractère de ce genre est à coup sûr querelleur.

Le jugement

LE CONFLIT : tu es sincère et tu rencontres de l’obstruction. Une halte prudente à mi-route apporte la fortune.
Mener l’affaire à son terme apporte l’infortune.
Il est avantageux de voir le grand homme.
Il n’est pas avantageux de traverser les grandes eaux.

Le conflit naît lorsque quelqu’un qui se sent dans son bon droit se heurte à de l’opposition. Si l’on n’est pas convaincu de son droit, la résistance détermine la ruse ou les excès violents, mais non le conflit.

Lorsqu’on est impliqué dans un conflit, le seul moyen de salut réside dans la circonspection et la force intérieure grâce auxquelles on est toujours disposé à régler la contestation et à conclure un compromis en faisant la moitié du chemin. Poursuivre un conflit jusqu’à sa conclusion amère a des résultats mauvais, même si l’on a raison, car on perpétue ainsi l’inimitié. Il est important de voir le grand homme, c’est-à-dire un homme impartial dont l’autorité est assez grande pour conclure un arrangement pacifique du conflit ou pour trancher avec justice. D’un autre côté, il faut, en temps de troubles, éviter de « traverser les grandes eaux », c’est-à-dire d’entamer des entreprises périlleuses, car elles exigent pour réussir une union concertée des forces. Le conflit paralyse la force et l’empêche de vaincre le danger au-dehors.

L’image

Le ciel et l’eau vont en sens inverse l’un de l’autre image du CONFLIT. Ainsi l’homme noble, dans toutes les affaires qu’il traite, considère le commencement.
L’image fait allusion au fait que les causes profondes du conflit sont latentes dans les tendances opposées des deux parties. Dès lors qu’existent de telles dispositions divergentes, un conflit en découle fatalement. Il en résulte que, pour prévenir le conflit, il faut considérer avec soin chaque chose au tout début. Si le droit et le devoir sont exactement fixés, ou si, dans un groupe, les tendances spirituelles des individus s’harmonisent, la cause pro- fonde du conflit est écartée d’avance.

Les traits

Six au commencement signifie : Si l’on n’éternise pas l’affaire
il y a un peu de bavardage.
A la fin survient la fortune.

Tant que le conflit en est encore à ses premiers débuts, le mieux que l’on ait à faire est d’en précipiter la conclusion. En particulier, lorsque l’adversaire est le plus fort, il n’est pas opportun d’intensifier le conflit jusqu’à une décision. On en viendra peut-être à une légère dispute, mais, à la fin, tout ira bien.

Neuf à la deuxième place signifie :

Il ne peut pas lutter ; il retourne chez lui et cède. Les gens de sa ville, trois cents maisons, demeurent exempts de faute.

Dans un combat contre un adversaire supérieur, la retraite n’est pas déshonorante. Lorsqu’on se retire à temps on évite les conséquences fâcheuses. Si, mû par un faux sentiment de l’honneur, on provoquait une lutte inégale, on s’attirerait soi-même le malheur. Dans de tels cas, céder sage- ment est chose bonne pour l’entourage tout entier qui, de cette manière, n’est pas entraîné dans le conflit.

Six à la troisième place signifie :

Se nourrir d’antique vertu confère la persévérance. Danger. A la fin vient la fortune.
Si d’aventure tu es au service d’un roi
ne recherche pas les travaux.

Il y a ici un avertissement devant le danger que comporte la tendance à l’expansion. Seul ce qui a été honnêtement gagné par le mérite demeure une possession durable. Sans doute, une telle possession peut être contes- tée, mais, parce qu’elle est véritablement notre propriété, elle ne peut nous être ravie. Car nous ne pouvons perdre ce qui nous appartient de par la force de notre être propre. Si l’on entre au service d’un supérieur, on ne peut éviter le conflit qu’en se gardant de rechercher les travaux pour soi-même. Il doit suffire que l’ouvrage soit accompli : l’honneur peut en être laissé à l’autre.

Neuf à la quatrième place signifie :

Il ne peut pas lutter. Il s’en retourne et se soumet au destin, change son attitude et trouve la paix dans la persévérance. Fortune.

On montre ici quelqu’un dont les dispositions intérieures sont tout d’abord inquiètes. Il ne se sent pas bien à sa place et voudrait en acquérir une meilleure par une contestation. Il a affaire à un adversaire plus faible et serait donc capable de parvenir au but recherché – à la différence de la situation traduite par le neuf à la deuxième place – mais il ne peut lutter, car il ne trouve pas pour cela de justification intérieure et d’assurance ferme. C’est pourquoi il s’en retourne et se soumet au destin. Il modifie ses dispositions et trouve la paix durable dans l’harmonie avec la loi éternelle. Cela procure la fortune.

Neuf à la cinquième place signifie

Lutter devant lui apporte une suprême fortune.
L’oracle présente ici le médiateur du conflit. Il est puissant et juste et possède le pouvoir de conférer force au droit. On peut lui soumettre en toute confiance une question litigieuse. Si l’on a raison, on obtient une très haute fortune.

Neuf en haut signifie :

Même si par hasard quelqu’un se voit prêter une ceinture de cuir, à la fin de la matinée elle lui aura été ravie par trois fois. On est ici en présence de quelqu’un qui a conduit un conflit jusqu’à sa fin amère et a obtenu gain de cause. Il reçoit une distinction. Mais son bonheur est de courte durée. Il est sans cesse attaqué de nouveau, ce qui a pour conséquences des luttes à l’infini.

7. Sze / L'armée

L’hexagramme est composé de deux trigrammes, K’an, l’eau et K’ouen, la terre. Ainsi se trouve symbolisée l’eau qui s’accumule à l’intérieur de la terre. La force de l’armée s’accumule de même à l’intérieur de la multitude d’un peuple : invisible en temps de paix, mais toujours disponible comme source de puissance. Les attributs de l’hexagramme sont, à l’intérieur, danger, et à l’extérieur, obéissance. Par là est indiquée la nature de l’armée : elle est dans son essence intime quelque chose de dangereux, tandis qu’extérieurement la discipline et l’obéissance doivent prévaloir.

Si l’on considère les différents traits, le maître de l’hexagramme est le neuf fort à la deuxième place, auquel sont subordonnés les autres traits, tous faibles. Ce trait désigne le commandant, car il est placé au centre de l’un des trigrammes constitutifs. Mais comme il se tient en bas et non en haut, il n’est pas l’image du souverain, mais celle de l’habile général qui, par son autorité, maintient l’armée dans l’obéissance.

Le jugement

L’ARMÉE a besoin de persévérance et d’un homme fort. Fortune sans blâme.
Une armée est une masse qui a besoin d’être organisée pour devenir une armée. Sans discipline ferme, on ne saurait parvenir à rien. Mais cette discipline ne peut être imposée par la contrainte et la violence ; elle requiert un homme fort vers lequel tous les cœurs se tournent et qui suscite l’enthousiasme. Pour pouvoir déployer ses talents, il a besoin de la confiance inconditionnelle de son souverain qui doit lui abandonner l’entière responsabilité tant que dure la guerre. Mais une guerre est toujours chose dangereuse, elle apporte avec elle des dégâts et des ravages. C’est pourquoi on ne doit pas l’entreprendre à la légère, mais seulement l’utiliser comme une médecine toxique, quand il n’est plus d’autre recours. La juste cause et un but de guerre clair et compréhensible doivent être expliqués au peuple par un chef expérimenté. C’est seulement lorsqu’il existe un but de guerre précis pour lequel le peuple peut s’exposer en pleine conscience que naissent l’uni- té et la force de conviction conduisant à la victoire. Mais le chef doit égale- ment veiller à ce que dans la passion du combat et l’ivresse du triomphe il ne se passe rien d’injuste, rien qui ne recueille le consentement général. La justice et la persévérance sont les conditions fondamentales pour que tout aille bien.

L’image

Au milieu de la terre est l’eau : image de L’ARMÉE.

Ainsi l’homme noble accroît ses masses par sa générosité à l’égard du peuple.
L’eau des profondeurs est invisiblement présente au milieu de la terre. Ainsi la puissance guerrière d’un peuple est invisiblement présente dans
ses masses.

Quand le danger menace, tout paysan devient soldat et, à la fin de la guerre, il revient à sa charrue. Quiconque est généreux à l’égard du peuple conquiert son affection et le peuple qui vit sous un régime empreint de modération devient fort et énergique. Seul un peuple économiquement puissant peut constituer une force guerrière considérable. On doit donc cultiver la puissance en favorisant les relations économiques dans le peuple et l’exercice bienveillant de l’autorité. Ce n’est que si ce lien invisible existe entre le gouvernement et le peuple, de telle manière que le peuple soit caché sous le gouvernement comme l’eau des profondeurs dans la terre, qu’il est possible de conduire victorieusement une guerre.

Les traits

Six au commencement signifie :

Une armée doit faire mouvement en bon ordre.
Si l’ordre n’est pas satisfaisant l’infortune menace.
Au début d’une entreprise guerrière l’ordre doit régner. Il doit exister une cause juste et valable ; en outre l’obéissance et la coordination des troupes doivent être bien organisées, sinon le résultat inévitable est l’échec.

Neuf à la deuxième place signifie :

Au milieu de l’armée.
Fortune. Pas de blâme.
Le roi confère une triple décoration.

Le chef doit être au milieu de son armée. Il doit être en contact avec elle et partager les biens et les maux avec la masse qu’il dirige. Ce n’est qu’ainsi qu’il est à la hauteur des lourdes exigences qui pèsent sur lui. Ce faisant, il a besoin de l’approbation du souverain. Les distinctions qu’il reçoit sont légitimes : elles ne constituent pas seulement un privilège accordé à sa personne, c’est l’armée tout entière au milieu de laquelle il réside qui est honorée à travers lui.

Six à la troisième place signifie :

L’armée transporte d’aventure des cadavres dans le chariot. Infortune.
Une des explications évoque le dommage résultant de ce qu’un autre s’est immiscé dans le commandement à la place du chef désigné. L’autre interprétation correspond au sens général de la première dont elle diffère seulement dans l’interprétation des mots « transporte des cadavres dans le chariot ». Lors des obsèques et des sacrifices funéraires, la coutume chinoise voulait que le défunt auquel était offert le sacrifice fût représenté par un garçonnet de la famille : on l’asseyait à la place du cadavre et il recevait les honneurs destinés au disparu. L’interprétation en déduit qu’un « enfant- cadavre » est assis sur le chariot, c’est-à-dire que l’autorité n’émane plus de celui qui était appelé à l’exercer, mais que d’autres se la sont arrogée. Peut- être est-il possible de lever la difficulté tout entière en supposant une mauvaise lecture (sze = cadavre aura été mis pour fan = tous). Le sens serait alors simplement celui-ci quand, dans l’armée, la multitude se transforme en chef (voyage dans le chariot), cela ne peut être que néfaste.

Six à la quatrième place signifie :


L’armée bat en retraite. Pas de blâme.
Lorsqu’on se trouve en face d’un ennemi supérieur avec lequel le com-
bat est sans espoir, une retraite en bon ordre est l’unique attitude juste, car elle préserve l’armée du dommage et de la désintégration. Ce n’est nullement un signe de courage ou de force que de vouloir engager à tout prix un combat sans espoir.

Six à la cinquième place signifie :

Dans le champ, il y a du gibier. Il est avantageux de le capturer. Pas de blâme.
Que le plus ancien dirige l’armée.
Le plus jeune transporte des cadavres.
La persévérance apporte alors l’infortune.

Le gibier est dans le champ, c’est-à-dire qu’il a quitté sa retraite habituelle, la forêt, et fait irruption dans les champs qu’il dévaste. Cette image évoque une invasion de l’ennemi. Dans ce cas, un combat et un châtiment énergiques sont parfaitement légitimes. Cependant la guerre doit être con- duite selon les règles. Elle ne doit pas tourner à la mêlée brutale où chacun ne peut compter que sur lui-même. En dépit de toute la persévérance et de toute la grande bravoure possibles, cela ne mènerait qu’à l’infortune. L’armée doit être régie par un chef expérimenté. La guerre demande à être dirigée. I1 ne faut pas que la multitude se contente de frapper à mort ce qui lui tombe sous la main, sinon il en résulte du dommage et, malgré toute la persévérance déployée, l’infortune menace.

Six en haut signifie :

Le grand prince édicte des ordres, fonde des états, pourvoit les familles de fiefs. On n’emploiera pas d’hommes vulgaires. La guerre s’est heureusement terminée ; la victoire a été remportée. Le roi répartit entre ses fidèles les fiefs et les possessions familiales. Mais, ce faisant, il importe qu’il ne place pas au pouvoir des hommes vulgaires. Ils ont prêté main-forte, il peut rétribuer leurs services en argent. Mais on ne doit pas leur accorder de terres ou des privilèges pour éviter les risques d’abus.

8. Pi / La solidarité, l'union

Les eaux sur la terre unissent leurs cours chaque fois qu’elles le peu- vent, comme, par exemple, dans la mer où tous les fleuves se rassemblent. Il y a là un symbole traduisant la solidarité et sa loi. La même idée est évoquée par le fait que tous les traits sont faibles jusqu’au cinquième à la cinquième place, celle du maître de l’hexagramme. Les faibles s’unissent pour s’entraider parce qu’ils subissent l’influence de la volonté ferme à la place d’autorité qui est leur point de réunion. Mais cette personnalité forte et dirigeante conserve en outre l’union avec les autres hommes grâce auxquels elle trouve un complément de sa propre nature.

Le jugement

LA SOLIDARITÉ apporte la fortune.
Sonde l’oracle une fois encore
pour savoir si tu as sublimité, durée et persévérance. Alors il n’y a pas de blâme.
Les incertains se rapprochent peu à peu.
Qui vient trop tard trouve l’infortune.

Il s’agit de s’associer avec d’autres afin de se compléter et de s’avantager mutuellement grâce à la solidarité. Une telle union requiert un centre autour duquel on se groupe avec les autres. Devenir un centre pour l’union des hommes est une affaire grave et lourde de responsabilités. Cela exige de la grandeur intérieure, de la logique et de la force. C’est pourquoi celui qui veut unir les autres autour de lui doit s’éprouver lui-même pour savoir s’il est à la hauteur de la situation. Quiconque en effet veut rassembler les autres sans avoir le sceau de la vocation cause plus de confusion que si aucun regroupement n’avait eu lieu.

Mais là où il existe un authentique point de rassemblement, on voit les incertains se rapprocher peu à peu, d’eux-mêmes, de façon hésitante tout d’abord. Ceux qui arrivent trop tard en subiront d’eux-mêmes la peine. C’est qu’il s’agit d’une union à réaliser en temps opportun. Des relations se nouent et s’affermissent suivant des lois internes déterminées. Des expériences communes les consolident. Quiconque arrive trop tard et ne peut avoir part à ces expériences fondamentales aura à pâtir quand le traînard qu’il est trouvera la porte fermée.

Cependant, celui qui a reconnu la nécessité d’un regroupement et ne ressent pas en lui la force d’agir comme centre d’union, celui-là a le devoir de se joindre à une autre société organique.

L’image

Sur la terre est l’eau : image de LA SOLIDARITÉ.
Ainsi les rois d’autrefois ont donné les différents Etats en
fiefs et cultivé des relations amicales avec les princes féodaux.

L’eau remplit tous les creux de la terre et adhère fortement à celle-ci. L’organisation sociale de l’antiquité était fondée sur cette maxime de l’union entre vassaux et suzerains. L’eau unit d’elle-même ses cours parce que dans toutes ses parties elle demeure assujettie aux mêmes lois. Ainsi la société humaine doit également observer l’union grâce à une communauté d’intérêts qui fait que les différents individus se sentent membres d’un seul tout. Le pouvoir central d’un organisme social doit veiller à ce que chaque membre trouve son véritable intérêt dans l’union, comme c’était le cas dans les relations paternelles que le roi de la Chine antique entretenait avec ses vassaux.

Les traits

Six au commencement signifie :
Tiens-toi à lui, en étant vrai et loyal. Cela est sans blâme. La vérité est comme une écuelle d’argile pleine.
La fortune vient finalement de l’extérieur.

Quand il s’agit de nouer des relations, l’entière sincérité est le seul fondement juste. Cette disposition, qui est représentée par une écuelle de terre pleine dans laquelle le contenu est tout et la forme vide n’est rien, ne s’exprime pas en paroles habiles mais par la force intérieure, et cette force est si grande qu’elle attire puissamment à elle la fortune de l’extérieur.

Six à la deuxième place signifie :

Tiens-toi à lui intérieurement. La persévérance apporte la fortune.
Quand un homme répond d’une manière adéquate et persévérante aux invites qui, d’en haut, nous exhortent à agir, ses relations avec autrui sont avant tout intérieures et il ne se perd pas lui-même. Mais celui qui recherche l’union avec autrui en arriviste importun ne suit pas le sentier de l’homme noble qui conserve sa dignité et il ne fait que s’avilir.

Six à la troisième place signifie :

Tu te tiens uni à des hommes qui ne sont pas ceux qu’il faut.
Souvent nous nous trouvons avec d’autres hommes qui n’appartiennent pas à notre sphère. Nous ne devons pas dans ce cas nous laisser entraîner par la force de l’habitude à une familiarité déplacée. Il va sans dire qu’une telle attitude entraîne de fâcheuses conséquences. Face à de telles gens, la sociabilité sans intimité est la seule attitude juste. Ce n’est qu’ainsi qu’on se garde libre pour de futures relations avec ses pairs.

Six à la quatrième place signifie :

Extérieurement aussi tiens-toi à lui. La persévérance apporte la fortune.
Ici les relations avec un homme qui est le centre de l’union sont déjà solidement établies. L’on peut et l’on doit alors en outre montrer ouvertement sa dépendance. Il faut seulement demeurer ferme et ne se laisser induire en erreur par rien.

Neuf à la cinquième place signifie :

Manifestation de la solidarité.
Le roi, à la chasse, ne fait traquer que de trois côtés
et renonce au gibier qui s’enfuit devant.
Les citoyens n’ont pas besoin d’avertissement. Fortune.

Dans les chasses royales de l’ancienne Chine, la coutume était de traquer le gibier de trois côtés seulement. Le gibier traqué pouvait s’enfuir du quatrième côté. Tant que les animaux n’empruntaient pas cette direction, ils étaient contraints de passer par une porte derrière laquelle le roi se tenait, prêt à tirer. Seules étaient abattues les bêtes qui pénétraient là. Quant à celles qui fuyaient par devant, on les laissait aller. Cette coutume était con- forme à l’attitude royale : le roi ne voulait pas faire de la chasse un massacre, mais tuait seulement le gibier qui s’était en quelque sorte offert de lui-même.

On présente ici un souverain ou un être à la puissante influence vers qui les hommes se tournent. Celui qui vient vers lui, il l’accueille, celui qui ne vient pas, il le laisse aller ; il ne prie personne, ne flatte personne : tous viennent de leur plein gré. Il s’établit ainsi une libre subordination chez ceux qui adhèrent à lui. Les gens n’ont pas à se contraindre, mais peuvent exprimer en toute tranquillité leurs sentiments. Il n’est pas besoin d’organisation policière. Les sujets sont librement dévoués à leur maître. Cette liberté est également de mise dans la vie en général. On ne briguera pas la faveur des hommes. Si l’on développe en soi la pureté et la force nécessaires pour créer un centre d’union, les hommes qui nous sont destinés viennent d’eux- mêmes.

Six en haut signifie :

Il ne trouve pas de tête pour la solidarité. Infortune.
La tête est le commencement. Sans commencement juste, il n’y a pas de juste fin. Quand on a manqué la jonction et que l’on demeure hésitant et craintif devant la perspective d’un don de soi véritable et sans réserve, on aura plus tard à se repentir de ses fautes.

9. Siao Tch'ou / Le pouvoir d'apprivoisement du petit

L’hexagramme représente ce qui est petit, le pouvoir de ce qui est obscur : il retient, apprivoise, freine. A la quatrième place, qui est celle du ministre, il y a un trait faible qui tient en bride toutes les autres lignes, lesquelles sont fortes. L’image est celle du vent qui souffle, haut dans le ciel. Il ralentit l’haleine du créateur qui s’élève, les nuages, si bien qu’ils s’épaississent. Mais il n’est pas encore assez fort pour les faire retomber en pluie. L’hexagramme présente une constellation où un élément fort est passagère- ment tenu en bride par un élément faible. C’est seulement grâce à de la douceur qu’une telle situation peut être accompagnée de succès.

Le jugement

LE POUVOIR D’APPRIVOISEMENT DU PETIT
possède la réussite.
Nuages épais, pas de pluie venant de notre domaine de l’ouest.

La comparaison est tirée de la situation de la Chine au temps du roi Wen. Il était originaire de l’ouest, mais se trouvait alors à l’est, à la cour du grand souverain, le tyran Tchéou Sin. L’heure des grandes actions n’était pas encore venue. Il pouvait seulement tenir jusqu’à un certain point le tyran en bride par des suggestions empreintes de bonté. De là l’image de nuages abondants qui montent promettant à la terre humidité et bénédiction, mais qui, pour l’instant, ne laissent pas encore tomber de pluie. La situation n’est pas défavorable. Elle permet de prévoir le succès final. Toutefois il y a encore des obstacles sur la route. On peut commencer les travaux d’approche. Ce n’est qu’en utilisant l’humble moyen de suggestions empreintes de bonté que l’on peut agir. L’heure n’est pas encore aux mesures énergiques et vastes. Il est cependant possible d’exercer une influence modératrice et adoucissante dans un rayon limité. La réalisation d’un tel vouloir demande une ferme résolution à l’intérieur et une adaptation pleine de douceur à l’extérieur.

L’image

Le vent exerce sa poussée, haut dans le ciel :
image du POUVOIR D’APPRIVOISEMENT DU PETIT.
Ainsi l’homme noble affine la forme extérieure de son être.

Le vent a beau pousser ensemble les nuages dans le ciel, comme c’est seulement de l’air sans corps solide, il ne produit pas d’effets importants et durables. Ainsi, dans les temps où une grande action extérieure n’est pas possible, il ne reste à l’homme rien d’autre à faire que d’affiner les expressions de son être dans l’accomplissement de petites choses.

Les traits

Neuf au commencement signifie :

Retour au chemin. Comment y aurait-il là un blâme ? Fortune.
Il est dans la nature de l’être fort de pousser en avant. Mais, ce faisant, il se heurte à des obstacles. Il retourne donc au chemin correspondant à sa situation, sur lequel il se sent libre d’avancer et de reculer. C’est là chose bonne et intelligente, que de ne vouloir rien obtenir par la contrainte et la violence et, conformément à la nature des choses, cela apporte la fortune.

Neuf à la deuxième place signifie :

Il se laisse entraîner vers le retour. Fortune.
On aimerait aller de l’avant. Mais avant de pousser plus loin, on s’aperçoit par l’exemple d’autres hommes de même nature que la route est barrée. Dans un cas de ce genre un homme intelligent et résolu ne s’exposera pas tout d’abord à subir une rebuffade personnelle, mais il se retire avec ses pairs si l’effort vers l’avant ne convient pas au moment. Cela apporte la fortune, car de cette manière on ne perd pas le contrôle de soi-même.

Neuf à la troisième place signifie :

Les rayons se détachent du chariot. L’homme et la femme roulent les yeux.
On tente ici de pousser fortement en avant en ayant conscience que le pouvoir d’obstruction est encore peu considérable. Mais comme, en raison des circonstances, c’est, en fait, l’élément faible qui possède la force, cette tentative d’attaque par surprise doit échouer. Des circonstances extérieures empêchent le progrès, de même qu’un chariot n’avance pas quand les rayons de ses roues se détachent. On ne se conforme pas encore à ce signe du des- tin. C’est pourquoi d’aigres explications ont lieu entre femme. Naturellement, ce n’est pas là un état de choses favorable : car même si, à la faveur des circonstances, la partie la plus faible réussit à tenir ferme, trop de difficultés sont liées à la situation pour que le résultat puisse être heureux. Dans ces conditions, même l’être fort ne peut pas utiliser son pouvoir pour exercer une influence sur son entourage. Il a éprouvé une rebuffade là où il escomptait une victoire facile. Ainsi, un faux pas a été commis.

Six à la quatrième place signifie :

Si tu es sincère, le sang disparaît et l’angoisse s’éloigne. Pas de blâme.
Si quelqu’un se trouve dans la situation difficile et lourde de responsabilité d’un conseiller placé auprès d’un homme puissant il doit le contenir de manière que le droit l’emporte. Il y a là un grand danger qui fait même craindre l’effusion de sang. Cependant la puissance de la vérité dépouillée d’intérêt propre cause une telle impression que les efforts parviennent heureusement à leur but et que tout danger d’effusion de sang et d’angoisse s’évanouit.

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Neuf à la cinquième place signifie :

Si tu es sincèrement et loyalement attaché, tu es riche dans ton prochain.
La loyauté mène à des liens solides, car elle provient du fait que des êtres se complètent mutuellement. Chez le partenaire le plus faible, la loyauté se traduit par du dévouement, et chez le plus fort, par une fidélité sans défaillance. Cette façon mutuelle de se compléter conduit à la vraie richesse qui se manifeste comme telle en ce qu’on ne la garde pas égoïstement pour soi, mais qu’on la possède en commun avec son prochain. Joie partagée, joie redoublée.

Neuf en haut signifie :

La pluie vient, le repos vient.
Cela est dû à l’action durable du caractère.
La femme est mise en danger par la persévérance. La lune est presque pleine.
Si l’homme noble continue sa marche,
l’infortune vient.

Le succès est obtenu. La poussée du vent a fait venir la pluie. Un état stable est atteint. Cet effet a été acquis par l’accumulation progressive de petites actions qui ont pris naissance dans le respect porté à un caractère élevé. Mais un tel succès bâti pierre à pierre demande beaucoup de prudence. S’abandonner à l’illusion qu’on peut s’en prévaloir serait chose dangereuse. L’élément féminin, faible, qui a remporté la victoire ne doit pas s’obstiner à s’en vanter, car cela attirerait le danger. La force obscure dans la lune atteint son maximum quand l’astre est proche de son plein ; quand la pleine lune se tient en opposition directe avec le soleil, son déclin est inévitable. Dans de telles circonstances, on doit se contenter du résultat obtenu. S’avancer plus loin avant que le temps n’en soit venu apporterait l’infortune.

10. Liu / La marche

La marche signifie tout d’abord la façon correcte de se conduire. En haut se trouve le ciel, le père ; en bas, le lac, la plus jeune fille. Ainsi est indiquée la distinction entre le haut et le bas et la manière dont elle est à la base de la tranquillité, de la conduite correcte dans la société. Marcher veut dire littéralement : « appuyer le pied sur » (99). Le petit, « le joyeux », prend appui sur le grand, le fort.

Les deux trigrammes traduisent un mouvement vers le haut. Que le fort marche sur le faible, c’est là quelque chose qui va de soi ; c’est pourquoi le Livre des Transformations n’en fait pas de mention spéciale. Que le faible se place contre le fort, cela n’est pas dangereux, parce que la chose se passe dans la sérénité, sans arrogance, si bien que le fort n’est pas irrité et le prend en bonne part. Le jugement
MARCHER sur la queue du tigre. Il ne mord pas l’homme. Succès.

La situation est réellement difficile. La plus grande force et la plus grande faiblesse sont immédiatement en contact. Le faible suit le fort de près et lui donne du fil à retordre. Mais le fort prend bien la chose et ne lui fait aucun mal, car le contact est joyeux et non blessant.

La situation humaine ainsi décrite est celle où l’on a affaire à des hommes farouches et inaccessibles. Dans de tels cas, on parvient à son but si, dans sa démarche, on observe les bons usages. Des formes de conduite bonnes et agréables mènent au succès, même face à des hommes prompts à s’irriter.

L’image

En haut le ciel, en bas le lac : figure de la MARCHE. Ainsi l’homme noble distingue le haut et le bas
et affermit par là l’esprit du peuple.

Le ciel et le lac manifestent une différence d’élévation qui provient de leur nature même et qu’aucune envie ne peut par conséquent troubler. Pareillement, il doit y avoir des différences d’élévation dans l’humanité. Une égalité générale est impossible à réaliser, mais il importe que les différences de niveau dans la société humaine ne soient pas arbitraires et injustes ; dans un tel cas en effet l’envie et la lutte des classes sont des conséquences inévitables. Par contre, lorsque les différences visibles sont justifiées par des titres intérieurs et que la valeur personnelle est la règle qui détermine le rang extérieur, les hommes trouvent le calme, et l’ordre s’établit dans la société.

Les traits

Neuf au commencement signifie :

Marcher simplement. Progresser sans blâme.
On se trouve dans une situation où l’on n’est pas encore lié par les obligations des échanges sociaux. Lorsque la démarche est simple, on de- meure libre d’obligations sociales et l’on peut suivre tranquillement l’inclination de son cœur, parce qu’on n’a pas d’exigences envers les hommes, mais que l’on est content. Marcher n’est pas rester en place, mais progresser. On se trouve dans une situation de départ très humble. Toutefois on possède la force intérieure qui garantit le progrès. Quand on se montre satisfait de la simplicité, on peut avancer sans blâme. Lorsque quelqu’un ne peut se satisfaire d’une situation modeste parce qu’il veut, par sa démarche, sortir de sa condition basse et misérable et non accomplir une oeuvre de valeur, s’il atteint son but, il devient fatalement arrogant et épris de faste. C’est pourquoi son progrès porte le stigmate du blâme. L’homme vertueux par contre se satisfait d’une démarche simple. S’il a atteint son but, il a accompli par là une oeuvre de valeur et tout est bien.

Neuf à la deuxième place signifie :

Marcher sur un chemin uni et plat.
La persévérance d’un homme obscur apporte la fortune. Ici se trouve indiquée la situation d’un sage solitaire. Il se tient loin de l’agitation du monde, ne recherche rien, ne veut rien de personne et ne se laisse pas éblouir par des buts séduisants. Il est fidèle à lui-même et marche ainsi sur un chemin uni, sans subir d’attaques de la vie. Comme il est satisfait et ne provoque pas le destin, il demeure exempt de complications.

Six à la troisième place signifie :

Un borgne peut voir, un boiteux peut marcher.
Il marche sur la queue du tigre. Le tigre mord l’homme. Infortune.
Un guerrier agit ainsi pour son prince.

Un borgne peut certes voir, mais il ne va pas jusqu’à distinguer clairement. Un boiteux peut certes marcher, mais il ne va pas jusqu’à prendre la tête. Si un homme atteint de pareilles infirmités se tient pour fort et, par suite, s’expose au danger, il attire à lui l’infortune. Il affronte ainsi en effet ce qui est au-dessus de ses forces. Cette façon téméraire de se précipiter sans considérer ses propres ressources peut tout au plus s’admettre chez un guerrier qui combat pour son prince.

Neuf à la quatrième place signifie :

Il marche sur la queue du tigre.
Prudence et circonspection conduisent finalement à la fortune.
Il est question d’une entreprise périlleuse. La force intérieure nécessaire pour la conduire existe. Mais la force intérieure s’unit à une attitude extérieure de prudence hésitante, par contraste avec le trait précédent qui est faible intérieurement mais, à l’extérieur, pousse en avant. Ainsi se trouve assuré le succès final qui consiste à parvenir à ses fins, c’est-à-dire à vaincre le danger en allant de l’avant.

Neuf à la cinquième place signifie :

Marche résolue.
Persévérance avec conscience du danger.
On est ici en présence du maître de l’ensemble de l’hexagramme. On se voit amené par la nécessité à une marche résolue. Mais on doit, ce faisant, demeurer conscient du danger qui est lié à une telle attitude de résolution, notamment quand on y persévère. Seule la conscience du danger rend possible le succès.

Neuf en haut signifie :

Observe ta démarche et examine les signes favorables. Quand tout est achevé, survient une sublime fortune. L’oeuvre est parvenue à son terme. Pour savoir si la fortune en sera la conséquence, on observera rétrospectivement sa démarche et ses suites. Si les résultats sont bons, la fortune est assurée. Nul ne se connaît lui-même. Seules les conséquences de notre activité et les fruits de nos actes permettent de juger de ce que nous pouvons escompter.

11 - T'ai / La paix

Le réceptif, dont le mouvement est dirigé vers le bas, est au-dessus ; le créateur, dont le mouvement tend vers le haut, est au-dessous. Leurs influences se rencontrent donc et sont en harmonie, si bien que tous les êtres s’épanouissent et prospèrent. Cet hexagramme est rattaché au premier mois (février-mars) au cours duquel les puissances de la nature préparent le nouveau printemps.

Le jugement

LA PAIX. Le petit s’en va, le grand vient. Fortune. Succès.
L’hexagramme indique la présence dans la nature d’une ère où le ciel est en quelque sorte sur la terre. Le ciel s’est placé sous la terre. Ainsi les deux principes unissent leurs vertus dans une harmonie intime. Il naît de là paix et bénédiction pour tous les êtres.

Dans le monde des hommes c’est un temps de concorde sociale. Les grands s’abaissent vers les humbles, tandis que les humbles et les petits nourrissent des sentiments amicaux à l’égard des grands, si bien que toute hostilité s’apaise.
A l’intérieur, au centre, à la place décisive, se trouve l’élément lumineux (100) ; l’élément obscur est à l’extérieur. Ainsi le principe lumineux exerce une influence créatrice et le principe obscur garde une attitude soumise. De la sorte les deux parties reçoivent leur dû. Quand, dans la société, les bons occupent une place centrale et tiennent les rênes du pouvoir, les méchants eux-mêmes passent sous leur influence et s’améliorent. Quand, dans l’homme, règne l’esprit qui vient du ciel, la nature animale elle-même passe sous son influence et trouve la place qui est la sienne.

Les différents traits entrent dans l’hexagramme par le bas et le quittent par le haut. Ce sont donc les éléments petits, faibles, mauvais qui s’apprêtent à partir, tandis que montent les facteurs grands, forts et bons. Cela apporte fortune et succès.

L’image

Le ciel et la terre s’unissent : image de la PAIX. Ainsi le souverain partage et parfait le cours du ciel et de la terre,  favorise et ordonne les dons du ciel et de la terre et par là assiste le peuple. Le ciel et la terre ont commerce l’un avec l’autre et unissent leurs effets. Cela produit un temps d’épanouissement et de prospérité générale (101). Ce résultat est obtenu grâce au partage. Ainsi le temps indifférencié est divisé en saisons par l’homme, suivant la succession des phénomènes naturels, et l’espace qui enveloppe toutes choses est partagé en points cardinaux par une opération humaine. Ainsi la nature et l’abondance profuse des phénomènes est limitée et maîtrisée. En outre, la nature doit être favorisée dans ses réalisations. Cela a lieu si l’on fait concorder les productions avec le moment opportun et le lieu convenable. On accroît ainsi le rendement naturel. Cette activité humaine visant à maîtriser et à favoriser est le travail sur la nature qui tourne au bien de l’homme.

Les traits

Neuf au commencement signifie :

Si l’on arrache une laîche, le gazon vient avec. Chacun selon son espèce.
Des entreprises apportent la fortune. Au temps de la prospérité, tout homme de valeur appelé à un poste attire à lui les êtres qui partagent ses sentiments, de même que, lorsqu’on arrache la laîche, on tire toujours avec elle du sol plusieurs tiges dont les racines étaient entremêlées avec les siennes. Le dessein de l’homme de valeur, en de tels moments où l’action sur une grande échelle est possible, est de sortir dans la vie et d’accomplir une oeuvre.

Neuf à la deuxième place signifie :

Supporter avec douceur les rustres, traverser résolument le fleuve,ne pas négliger ce qui est au loin,ne pas tenir compte de ses compagnons.Ainsi l’on parvient à marcher au milieu. Au temps de la prospérité, il est avant tout important de posséder la grandeur d’âme nécessaire pour supporter même les imparfaits. Un grand maître en effet ne connaît pas de matériau improductif. Il n’est rien dont il ne puisse tirer quelque chose. Pourtant cette magnanimité ne signifie en aucune manière relâchement ou faiblesse. C’est précisément dans les temps de prospérité qu’on doit être prêt à oser des entreprises périlleuses comme de traverser un fleuve, si c’est nécessaire. Il ne convient pas non plus de négliger ce qui est au loin, mais il faut prendre soin de tout avec ponctualité. On se gardera tout spécialement des factions et de l’influence des coteries. Même si en effet les esprits de même famille se mettent ensemble au premier plan, ils ne doivent pas constituer un parti en formant un bloc hostile, mais chacun doit faire son devoir. C’est grâce à ces quatre choses que l’on peut triompher du risque caché de s’endormir peu à peu, péril qui guette de telles époques, et c’est de cette manière que l’on trouve le juste milieu de l’action.

Neuf à la troisième place signifie :

Pas de plaine qui ne soit suivie d’une côte, pas d’aller qui ne soit suivi de retour.
Sans blâme est celui qui demeure constant dans le danger. Ne te désole pas d’une telle vérité ; jouis du bonheur que tu possèdes encore. Tout ce qui est terrestre est soumis au changement. A la prospérité succède la décadence. Telle est la loi éternelle sur la terre. Sans doute le mal peut être réprimé, mais non définitivement écarté : il revient. Cette conviction pourrait rendre mélancolique, mais elle ne doit pas avoir un tel effet. Elle doit seulement empêcher qu’on ne se laisse aveugler par le bonheur. Si l’on garde à l’esprit l’idée du danger, on demeure constant et l’on ne commet pas de faute. Tant que l’être intérieur demeure plus fort et plus riche que le bonheur extérieur, tant que nous restons intérieurement supérieurs au des- tin, le bonheur nous demeure fidèle.

Six à la quatrième place signifie :

Il s’abaisse en battant des ailes, sans se vanter de sa richesse, en union avec son voisin, candide et sincère. Aux époques de confiance mutuelle les grands deviennent très simples et communiquent avec les humbles sans se vanter de leur richesse. Cette attitude n’est pas provoquée par les circonstances, mais correspond à une disposition intime. Alors le contact s’établit sans aucune contrainte, car il repose sur une conviction profonde.

Six à la cinquième place signifie :

Le souverain Yi donne sa fille en mariage. Cela apporte bénédiction et suprême fortune. Le souverain Yi est T’ang, celui qui achève. Il avait décrété que les princesses impériales, bien que supérieures à leurs époux par le rang, eussent à leur obéir comme les autres épouses. Il y a également ici une allusion à l’union véritablement humble du haut et du bas, qui apporte bénédiction et bonheur.

Six en haut signifie :

Le mur retombe dans le fossé : n’emploie pas d’armée maintenant. Fais proclamer tes ordres dans ta propre ville. La persévérance apporte l’humiliation. Le changement déjà annoncé au milieu de l’hexagramme a commencé. Le mur de la cité retombe dans le fossé d’où il avait été tiré. La fatalité s’abat. Il convient dans ce cas d’épouser le destin et de ne pas vouloir l’arrêter par une résistance violente. Tout ce qu’il reste à faire est de se maintenir dans le cercle le plus étroit. Si l’on voulait s’opposer de façon persévérante au mal par les moyens habituels, la débâcle serait encore plus complète et la conséquence serait l’humiliation.

12. Pi / La stagnation, l'immobilité

Cet hexagramme est l’opposé exact du précédent. Le ciel, en haut, se retire toujours davantage, et la terre, en bas, s’enfonce toujours davantage dans la profondeur. Les forces créatrices ne sont pas en relations mutuelles. C’est le temps de la stagnation et de la décadence. L’hexagramme est rattaché au 7ème mois (août-septembre), période où l’année a dépassé son point culminant et où les flétrissures de l’automne se préparent.

Le jugement

LA STAGNATION. Des hommes mauvais ne favorisent pas la persévérance de l’homme noble. Le grand s’en va, le petit vient. Le ciel et la terre n’ont plus commerce l’un avec l’autre et toutes choses se figent. Le haut et le bas n’entretiennent plus de relations mutuelles ; la confusion et le désordre règnent sur la terre. Au-dedans est l’obscurité, et au-dehors la lumière. Au-dedans est la faiblesse, et au-dehors la dureté ; au-dedans est le vulgaire, et au-dehors les êtres nobles. La nature du vulgaire croît et celle des êtres nobles est en décroissance. Mais les êtres nobles ne se laissent pas détourner de leurs principes. S’ils n’ont plus la possibilité d’agir, ils n’en demeurent pas moins fidèles à ces principes et se retirent dans le secret.

L’image

Le ciel et la terre ne s’unissent pas : image de la STAGNATION. Ainsi l’homme noble se retire dans sa valeur intime pour sortir des difficultés. Il ne permet pas qu’on le gratifie de revenus. Lorsque la défiance mutuelle règne dans la vie publique par suite de l’influence exercée par les hommes vulgaires, une activité fructueuse est impossible parce que les bases sont erronées. C’est pourquoi l’homme noble sait ce qu’il a à faire en de telles circonstances. Il ne se laisse pas séduire par des propositions brillantes l’invitant à participer aux affaires publiques : celles-ci ne seraient que périlleuses pour lui, car il ne peut faire sienne la mesquinerie des autres. C’est pourquoi il cache son mérite et se retire dans le secret.

Les traits

Six au début signifie :

Si on arrache une laîche, le gazon vient avec. Chacun selon son espèce.
La persévérance apporte fortune et succès. Le texte est presque identique à celui du premier trait de l’hexagramme précédent, mais avec un sens opposé. Là, les hommes s’attirent mutuellement dans la carrière des emplois officiels. Ici, ils s’attirent l’un l’autre dans la retraite, loin de la vie publique. C’est pourquoi on ne dit pas ici : « Des entreprises apportent la fortune », mais « La persévérance apporte for- tune et succès ». Ce n’est qu’en comprenant la nécessité de se retirer à temps quand les possibilités d’agir ont disparu que l’on s’épargne l’humiliation et que l’on obtient le succès dans un sens supérieur, parce qu’on sait mettre sa personnalité à l’abri dans sa valeur propre.

Six à la deuxième place signifie :

Ils supportent et tolèrent ; pour le vulgaire cela signifie fortune. La stagnation sert au succès du grand homme. Les êtres vulgaires sont prêts à flatter servilement leurs supérieurs. Ils supporteraient également l’homme noble, s’il pouvait les aider à dissiper la confusion. Cela leur est salutaire. Mais le grand homme supporte tranquillement les conséquences de la stagnation. Il ne se mêle pas aux groupes de vulgaire. Sa place n’est pas là. En acceptant de souffrir personnellement, il assure le succès de ses principes.

Six à la troisième place signifie :

Ils supportent la honte. Les hommes vulgaires qui se sont élevés par des moyens injustes ne se sentent pas à la hauteur de la responsabilité qu’ils se sont attribuée. Ils commencent – et tout d’abord sans le montrer – à se sentir secrètement humiliés. C’est le début du changement en mieux.

Neuf à la quatrième place signifie :

Celui qui agit au commandement du Suprême demeure sans blâme. Les êtres de nature semblable jouissent de la bénédiction. Le temps de la stagnation approche du revirement. Celui qui veut rétablir l’ordre doit y être appelé et posséder l’autorité nécessaire. Celui qui voudrait de son propre chef s’ériger en réformateur pourrait commettre des fautes et subir des échecs. Mais celui qui a vocation pour un tel rôle se voit favorisé par les conditions de l’époque et tous ceux qui partagent ses sentiments participeront à sa bénédiction.

Neuf à la cinquième place signifie :

La stagnation touche à sa fin. Pour le grand homme, fortune. « Et si cela échouait ! Et si cela échouait ! » Ainsi il l’attache à une touffe de tiges de mûrier. Les temps changent. L’homme capable de rétablir l’ordre est arrivé. D’où : « fortune ». Mais c’est précisément en de tels temps de transition que l’on doit demeurer dans la crainte et le tremblement. Le succès ne sera consolidé que par une extrême appréhension qui pense sans cesse : « Et si cela échouait ! ». Quand on coupe un buisson de mûrier, on voit pousser des racines une touffe de surgeons particulièrement résistants. C’est pourquoi le succès est symbolisé par l’image de quelque chose qu’on lie à un buisson de mûrier.

Confucius dit au sujet de ce trait : « Le danger naît là où l’on se sent assuré à sa place. Le déclin menace là où l’on cherche trop à conserver sa situation. La confusion naît là où quelqu’un a toutes ses affaires en ordre. C’est pourquoi l’homme noble n’oublie pas le danger quand il est en sûreté, le déclin quand sa position est stable, et songe encore à la confusion quand ses affaires sont en ordre. Ainsi il acquiert personnellement la sécurité et l’Empire est bien gardé ».

Neuf en haut signifie :

La stagnation prend fin. D’abord stagnation, ensuite fortune. La stagnation ne dure pas éternellement. Toutefois elle ne cesse pas d’elle-même, mais requiert l’homme capable d’y mettre un terme. Là réside la différence entre la paix et la stagnation. La consolidation de la paix demande un effort continuel. Laissée à elle-même, la paix se transformerait en stagnation et en décadence. Le temps de la décadence ne se change pas spontané- ment en paix et en prospérité, mais des efforts sont nécessaires pour en venir à bout. Ainsi se trouve souligné le rôle créateur de l’homme qui est indispensable pour que l’ordre règne dans le monde.

13. T'ong Jen / Communauté avec les hommes

L’image du trigramme supérieur, K’ien, est le ciel, et celle du tri- gramme inférieur, Li, est la flamme. La nature du feu est de s’élever en flamboyant vers le ciel. Ainsi est évoquée l’idée de communauté. C’est le second trait qui, grâce à sa nature centrale, réunit autour de lui les cinq lignes fortes. Cet hexagramme est l’opposé du 7ème, « l’armée ». Là, péril au-dedans et obéissance au-dehors caractérisent la nature d’une armée martiale qui a besoin, pour être maintenue unie, de l’unique trait fort au milieu des traits faibles. Ici, clarté au-dedans et force au-dehors caractérisent la nature de l’union pacifique des hommes, qui a besoin, pour être maintenue, de l’unique trait faible parmi la multiplicité des traits forts.

Le jugement

COMMUNAUTÉ AVEC LES HOMMES au grand jour. Succès. Il est avantageux de traverser les grandes eaux. Avantageuse est la persévérance de l’homme noble.
La vraie communauté avec les hommes doit s’établir sur la base d’un intérêt cosmique. Ce ne sont pas les objectifs égoïstes du moi, mais des desseins concernant l’humanité qui produisent une communauté durable entre les hommes. C’est pourquoi il est dit : « Communauté avec les hommes au grand jour obtient du succès. » Lorsque règne une pareille concorde, des entreprises difficiles et dangereuses comme de traverser les grandes eaux peu- vent être menées à bien. Toutefois, pour réaliser une telle communauté, on a besoin d’un guide persévérant et éclairé dont les buts sont lumineux et suscitent l’enthousiasme, et qui sait les poursuivre avec force. (Le trigramme intérieur a le sens de clarté, le trigramme extérieur, celui de force.)

L’image

Le ciel uni au feu : image de la COMMUNAUTÉ AVEC LES HOMMES. Ainsi l’homme noble réalise la division en familles, et établit des distinctions entre les choses. Le ciel se meut dans la même direction que le feu et cependant il en est distinct. De même que les corps lumineux dans le ciel servent à la division et à la répartition du temps, la communauté humaine et toutes les choses qui s’y rapportent véritablement doivent être réparties organiquement. La communauté ne sera pas un mélange des individus ou des choses – ce serait un chaos, non une communauté – mais, pour que l’ordre s’établisse, elle requiert une multiplicité organisée.

Les traits

Neuf au commencement signifie :

Communauté avec les hommes à la porte. Pas de blâme. Une réunion d’hommes doit commencer devant la porte. Tous sont également près les uns des autres. Il n’existe pas encore de buts divergents et l’on ne commet pas encore de fautes. Les fondements de toute union doivent être également accessibles à tous ses participants. Les arrangements secrets apportent l’infortune.

Six à la deuxième place signifie :

Communauté avec les hommes dans le clan. Humiliation. Ici apparaît le danger d’une coterie fondée sur des intérêts personnels et égoïstes. De tels clans qui sont fermés et ne s’ouvrent pas à tous, qui doi- vent rejeter une partie des hommes pour pouvoir grouper le reste, naissent de motifs bas et, par suite, conduisent à la longue à l’humiliation.

Neuf à la troisième place signifie :

Il cache des armes dans le fourré. Il monte sur la haute colline d’en face. Pendant trois ans il ne s’élève pas. La communauté s’est ici changée en méfiance. On se méfie d’autrui, on dresse de secrètes embûches et, de loin, on guette les autres. On a affaire à un rude adversaire devant lequel il ne convient pas de manœuvrer de la sorte. L’oracle montre ici les obstacles qui se présentent sur le chemin de la communauté avec les autres. Le consultant a lui-même des arrière pensées et il cherche, à l’occasion, à prendre les autres par surprise. Mais précisément une telle manière d’agir rend méfiant ; on soupçonne les mêmes ruses chez l’adversaire et l’on cherche à le surprendre. Par suite, on s’éloigne toujours davantage de la véritable communauté. Plus cette situation se prolonge et plus on s’éloigne.

Neuf à la quatrième place signifie :

Il monte sur son mur. Il ne peut pas attaquer. Fortune. Ici la réconciliation après la désunion se rapproche. Sans doute il y a encore des murs de séparation sur lesquels les deux parties se tiennent face à face. Mais les difficultés sont trop grandes. On tombe dans une situation critique et l’on est ainsi ramené à la raison. On ne peut pas lutter, mais c’est précisément là-dessus que repose la fortune.

Neuf à la cinquième place signifie :

Tout d’abord, les hommes unis en une communauté pleurent et se lamentent,
mais ensuite ils rient. Après de grandes luttes, ils réussissent à se rencontrer.
Ce sont deux êtres séparés extérieurement, mais unis de coeur. Leur situation dans la vie les tient à l’écart l’un de l’autre. Il s’élève entre eux bien des obstacles et des empêchements qui les font pleurer. Mais ils ne se lais- sent séparer par aucun obstacle et demeurent fidèles l’un à l’autre. Et, bien que pour triompher des obstacles il doive leur en coûter de durs combats, ils vaincront et leur tristesse se changera en joie quand ils pourront se rencontrer.

Confucius dit à ce sujet : « La vie conduit l’homme réfléchi par un chemin tortueux et divers. Souvent le cours en est entravé, puis tout devient aisé. Ici une pensée éloquente s’épanche librement en paroles, Là, le lourd fardeau du savoir doit s’enfermer dans le silence. Pourtant lorsque deux êtres sont unis dans l’intimité de leur coeur, Ils brisent même la dureté du fer et de l’airain. Et lorsque deux êtres se comprennent totalement dans l’intimité de leur coeur, Leurs paroles sont douces et fortes comme un parfum d’orchidées ».

Neuf en haut signifie :

Communauté avec les hommes dans le pré. Pas de remords. Le chaleureux attachement du coeur fait ici défaut. En fait, on est désormais en dehors de la communauté avec les hommes. On s’allie toutefois avec eux. La communauté ne comprend pas tout le monde, mais ceux qui habitent ensemble hors de la ville. Le pré est le pâturage qui se trouve devant la ville. Ici le but ultime de l’union des hommes n’est pas encore atteint. Cependant il ne faut pas se faire de reproches. On s’allie à la communauté sans desseins égoïstes.

14. Ta Yéou / Le grand avoir

Le feu dans le ciel brille au loin, si bien que toutes choses sont éclairées et deviennent manifestes. Le cinquième trait, qui est faible, est à la place d’honneur et tous les traits forts sont en harmonie avec lui. Celui qui, occupant une place élevée, est humble et doux voit toutes choses venir à lui (103).

Le jugement

LE GRAND AVOIR : sublime réussite. Les deux trigrammes indiquent que la force et la clarté s’unissent. Le grand avoir est décidé par le destin et correspond à l’époque. Comment peut- il se faire que le trait faible ait le pouvoir de maintenir ensemble et de posséder les éléments forts ? Cela vient de son humilité dépouillée d’égoïsme. L’heure est favorable. Force à l’intérieur, clarté et culture à l’extérieur. La force s’extériorise avec finesse et maîtrise de soi. Cela apporte sublime réussite et richesse (104).

L’image

Le feu haut dans le ciel : image du GRAND AVOIR. Ainsi l’homme noble réprime le mal et favorise le bien et il obéit de la sorte à la bienveillante volonté du ciel. Le soleil qui, du haut du ciel, éclaire de ses rayons toutes les choses terrestres est l’image du grand avoir. Mais une telle possession doit être bien administrée. Le soleil amène au jour le bien et le mal. Les hommes doivent combattre et réprimer le mal, favoriser et promouvoir le bien. Ce n’est qu’ainsi que l’on se conforme à la volonté bienveillante de la divinité qui veut seulement le bien et non le mal.

Les traits

Neuf au commencement signifie :

Absence de relation avec ce qui est nuisible. Il n’y a pas de blâme à cela.
Si l’on demeure conscient de la difficulté on demeure sans blâme.
Le grand avoir qui en est encore à son stade initial et n’a pas encore subi d’attaque est sans blâme, car aucune occasion de commettre une faute ne s’est présentée jusqu’à présent. Mais il reste bien des difficultés à vaincre. Ce n’est que si l’on demeure conscient de ces difficultés que l’on devient intérieurement exempt du risque d’orgueil et de prodigalité et que l’on surmonte radicalement toute cause de blâme.

Neuf à la deuxième place signifie :

Un grand chariot à charger.
Il est permis d’entreprendre quelque chose. Pas de blâme.
Le grand avoir ne consiste pas seulement dans l’abondance des biens, mais avant tout, dans leur mobilité et dans leur utilité pratique. On peut alors les employer à des entreprises et l’on demeure exempt d’embarras et de fautes. Par l’image du grand chariot où l’on peut charger beaucoup de choses et voyager au loin, il faut entendre les auxiliaires efficaces que l’on a auprès de soi et qui sont à la hauteur de leur tâche. On peut charger de telles personnes de lourdes responsabilités, ce qui, dans de grandes entreprises, est indispensable.

Neuf à la troisième place signifie :

Un prince l’offre au Fils du Ciel.
Un petit homme ne peut pas le faire.
C’est le fait d’un homme magnanime et libéral que de ne pas considérer ses biens comme une propriété exclusivement personnelle, mais de les mettre à la disposition du souverain, c’est-à-dire de la collectivité. Il adopte ainsi le point de vue correct à l’égard de son avoir qui ne peut jamais demeurer à la longue une possession privée. Un homme à l’âme mesquine est assurément incapable de tels sentiments. Pour lui, le grand avoir dégénère en dommage, parce qu’au lieu de l’offrir il veut le garder (105).

Neuf à la quatrième place signifie :

Il fait une différence entre lui et son prochain. Pas de blâme.
Ici est caractérisée une situation qui existe entre des voisins riches et puissants. Cela crée du danger. Il convient de ne pas regarder à droite et à gauche et d’éviter l’envie et les efforts pour égaler autrui. Ainsi on demeure exempt de fautes (106).

Six à la cinquième place signifie :

Celui dont la vérité est accessible et, cependant, digne possède la fortune.
La situation est très favorable. Sans contrainte extérieure et simple- ment grâce à une sincérité sans affectation, on se concilie les hommes, si bien qu’ils nous sont également liés dans une vérité sincère. Toutefois, au temps du grand avoir, la bienveillance à elle seule ne suffit pas » sinon l’insolence se manifesterait peu à peu. Cette apparition de l’insolence doit être te- nue en bride par la dignité ; alors la fortune est assurée.

Neuf en haut signifie :

Il est béni du ciel. Fortune. Rien qui ne soit avantageux.
Dans l’abondance des biens et de la puissance on demeure modeste et l’on vénère le sage qui se tient à l’écart de l’agitation du monde. On se place ainsi sous l’influence du ciel riche en bénédictions et tout va bien. Confucius dit à ce propos : « Bénir signifie aider. Le ciel aide l’être abandonné (107), les hommes aident l’être sincère. Celui qui marche dans la sincérité, qui est abandonné dans ses pensées et continue alors à respecter les hommes de mérite, celui-là est béni du ciel. Il trouve la fortune et il n’y a rien qui ne soit avantageux ».

15. K'ien / L'humilité

 Cet hexagramme est composé de Ken, « l’immobilisation, la montagne », et de K’ouen, « la terre ». La montagne est le plus jeune fils du créateur, le représentant du ciel sur la terre. Elle dispense au-dessous d’elle les bénédictions du ciel, nuages et pluie qui se rassemblent autour de son sommet, et elle brille ensuite dans l’éclat d’une lumière céleste. Cela désigne l’humilité et ses effets chez les hommes élevés et forts. En haut se tient K’ouen, la terre. La propriété de la terre est la bassesse, mais dans cet hexagramme elle est représentée précisément pour cette raison comme élevée, puisque placée en haut, au-dessus de la montagne (108). Cela montre l’effet de l’humilité chez des hommes modestes et simples : ils sont, de ce fait, élevés.

Le jugement

L’HUMILITÉ crée le succès. L’homme noble mène à bonne fin.
La loi du ciel vide ce qui est plein et comble ce qui est humble. Quand le soleil est au plus haut, il doit, de par la loi céleste, aller vers son déclin, et quand il est au plus profond, sous terre, il se dirige vers un nouveau lever. Suivant la même loi, la lune se met à décroître quand elle est pleine et, quand elle est vide de lumière, elle recommence à croître. Cette loi céleste opère également dans les destinées humaines. La loi de la terre est de changer ce qui est plein et d’affluer vers ce qui est humble. Les hautes montagnes sont usées par les eaux, et les vallées, comblées. La loi des puissances du destin est d’entamer ce qui est plein et de dispenser le bonheur à l’humble.

Les hommes aussi haïssent ce qui est plein et aiment l’humilité. Les destinées suivent des lois fixes qui agissent de façon nécessaire. Cependant, il est au pouvoir de l’homme de façonner son destin selon qu’il s’expose par sa conduite à l’influence des forces de bénédiction ou de destruction. Quand un homme occupe une place élevée et qu’il se montre humble, il brille dans la lumière de la sagesse. Quand il est abaissé et qu’il se montre humble, il ne peut pas être laissé de côté. Ainsi l’homme noble parvient à mener son oeuvre à bonne fin sans se glorifier de ce qui a été accompli.

L’image

Au centre de la terre est une montagne : image de l’HUMILITÉ. Ainsi l’homme noble réduit ce qui est en excès et augmente ce qui fait défaut. Il pèse les choses et les rend égales. La terre dans laquelle est cachée une montagne ne laisse pas voir sa richesse, car la hauteur de la montagne sert à équilibrer la profondeur de la terre. Ainsi la hauteur et la profondeur se complètent et le résultat est le sol uni. L’image de l’humilité réside ici dans le fait que ce qui a demandé un long travail paraît naturel et facile. Ainsi fait l’homme noble quand il instaure l’ordre sur la terre. Il égalise les oppositions sociales ; sources de mécontentement, et crée par là des situations justes et équitables.

Les traits

Six au commencement signifie :

Un homme noble, humble dans son humilité peut traverser les grandes eaux. Fortune. Une entreprise périlleuse comme la traversée d’un grand cours d’eau est rendue bien plus difficile lorsqu’un grand nombre de prétentions et de considérations entrent en ligne de compte. Elle se trouve au contraire facilitée quand on l’accomplit vite et simplement. C’est pourquoi l’attitude sans prétention de l’humilité permet de mener à bien même des entreprises difficiles, parce qu’elle ne présente ni exigences ni conditions, mais agit avec souplesse et aisance. Car là où il ne s’élève pas de prétentions, il ne s’élève pas non plus de résistances.

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Six à la deuxième place signifie :

Humilité qui s’extériorise. La persévérance apporte la fortune.
La bouche parle de l’abondance du coeur. Si quelqu’un est intérieure- ment si humble que sa disposition se manifeste dans sa conduite extérieure, c’est pour lui une cause de fortune. De cette manière en effet une possibilité d’exercer une influence durable naît d’elle-même et nul ne peut la supprimer.

Neuf à la troisième place signifie :

Un homme noble humble dans son mérite mène les choses à bien. Fortune.
C’est ici le centre du signe, où s’exprime son secret. Par de grandes actions on acquiert bientôt un renom considérable. Si l’on se laisse aveugler par la gloire, les critiques ne tarderont pas à naître et les difficultés s’élèveront. Si par contre on demeure humble malgré ses mérites, on se fait aimer et l’on acquiert les appuis indispensables pour mener à bien l’oeuvre qu’on a entreprise.

Six à la quatrième place signifie :

Rien qui ne soit avantageux pour l’humilité dans le mouvement. Toute chose a sa mesure. Même l’humilité dans la conduite peut être poussée trop loin. Elle est ici à sa place, car la position entre un collaborateur méritant, en bas, et un maître bienveillant, en haut, entraîne avec elle une très grande responsabilité. La confiance du supérieur ne doit pas être abusée et le mérite de l’inférieur ne doit pas être mis sous le boisseau. Sans doute il est des fonctionnaires qui ne se distinguent pas. Ils se couvrent de la lettre des ordres et refusent toute responsabilité ; ils acceptent une rétribution sans accomplir le service correspondant et ils portent un titre qu’aucune réalité ne vient justifier. L’humilité dont il est question ici est à l’opposé d’une telle attitude. Dans une telle situation, l’humilité se révèle en ce que l’on prend intérêt à son travail.

Six à la cinquième place signifie :

Ne pas se vanter de sa richesse auprès de son prochain. Il est avantageux d’attaquer avec force. Rien qui ne soit avantageux. L’humilité ne doit pas être confondue avec la bonté accompagnée de faiblesse qui laisse tout aller. Quand on se trouve placé à un poste de responsabilité, il arrive aussi qu’en de certaines circonstances on doive intervenir avec énergie. Il est toutefois nécessaire pour cela de ne pas travailler à imposer sa supériorité par des vantardises personnelles ; mais on doit être sûr de son entourage. Les mesures prises doivent être purement objectives. Elles ne doivent rien comporter qui blesse les personnes. En cela l’humilité se manifeste même dans la sévérité.

Six en haut signifie :

Humilité qui s’extériorise. Il est avantageux de mettre en marche les armées pour châtier sa propre cité et son propre pays. Celui qui est vraiment conséquent avec son humilité doit veiller à ce qu’elle se manifeste dans la réalité. Il doit aller énergiquement de l’avant dans ce domaine. S’il naît de l’hostilité, rien n’est plus aisé que de rejeter la faute sur autrui. Il peut alors se faire qu’un homme faible, se sentant offensé, se replie sur lui-même, prenne compassion de lui-même et croie être humble en ne se défendant pas. L’humilité véritable se manifeste en ce que nous nous employons énergiquement à établir l’ordre et commençons par sévir sur nous-mêmes et sur notre entourage immédiat. On n’accomplira réellement une oeuvre importante que si on a le courage de faire marcher son armée contre soi-même.

16. Yu / L'enthousiasme

Le trait fort à la quatrième place, celle du ministre qui gouverne, rencontre dans tous les autres traits, qui sont faibles, acquiescement et obéissance. Le trigramme supérieur Tchen a pour propriété le mouvement, et le trigramme inférieur, la terre, l’obéissance et le dévouement. On a ici le commencement d’un mouvement qui trouve en face de lui une attitude de dévouement et, par suite, entraîne tout avec lui et oeuvre dans l’enthousiasme. Il est en outre une loi très importante : le mouvement doit s’exercer suivant la ligne de moindre résistance. Cette loi est exprimée dans l’hexagramme comme étant celle des phénomènes naturels et de la vie humaine.

Le jugement

L’ENTHOUSIASME. Il est avantageux d’engager des auxiliaires et de faire marcher des armées. Le temps de l’enthousiasme est amené par la présence d’un homme remarquable qui est en sympathie avec l’âme populaire et agit en accord avec elle. C’est pourquoi il rencontre une obéissance générale et librement consentie. Pour éveiller l’enthousiasme, il est donc nécessaire de conformer ses ordres à la nature de ceux que l’on gouverne. Le caractère infrangible des lois naturelles a pour fondement la règle du mouvement selon la ligne de moindre résistance. Ces lois ne sont pas extérieures aux choses, mais elles constituent l’harmonie immanente de leur mouvement. C’est pourquoi les corps célestes ne s’écartent pas de leur chemin et tout phénomène naturel s’accomplit avec une régularité précise. Il en va de même dans la société humaine. Là aussi les lois qui ont leurs racines dans le coeur du peuple sont exécutées, tandis que celles qui lui sont contraires ne suscitent que de l’aigreur.

De plus, l’enthousiasme permet alors d’engager des auxiliaires pour l’exécution du travail, sans que des oppositions secrètes soient à redouter L’enthousiasme est aussi ce qui permet d’uniformiser les mouvements des masses, notamment à la guerre, de manière qu’elles obtiennent la victoire.

L’image

Le tonnerre sort en grondant de la terre : image de l’ENTHOUSIASME.
Ainsi les anciens rois faisaient de la musique pour honorer les hommes de mérite et ils les amenaient dans la magnificence au Dieu suprême, en invitant leurs ancêtres à la cérémonie. Quand au début de l’été, le tonnerre, l’énergie électrique, sort de la terre en grondant, et que le premier orage rafraîchit la nature, une longue tension prend fin, la clarté et la joie s’instaurent. De même la musique a le pouvoir de dissiper dans les coeurs la tension, effet des sentiments sombres. L’enthousiasme du coeur s’exprime spontanément dans le chant, la danse, les mouvements rythmiques du corps.

Depuis toujours, la vertu exaltante des sons invisibles qui émeuvent et unissent les coeurs des hommes a été ressentie comme une énigme. Les souverains mettaient à profit ce goût naturel pour la musique. Ils le rehaussaient et l’ordonnaient. La musique était regardée comme une chose grave et sainte, devant servir à purifier les sentiments des hommes. Elle était destinée à célébrer les vertus des héros et à lancer ainsi un pont en direction du monde invisible.

Dans le temple, on s’approchait de la divinité en s’accompagnant de musique et de pantomimes (celles-ci ont ultérieurement donné naissance au théâtre). Les sentiments religieux envers le Créateur du monde étaient purifiés au moyen des sentiments humains les plus saints, la vénération à l’égard des ancêtres. Ceux-ci étaient invités à ces services divins en tant qu’hôtes du Seigneur du ciel et représentants de l’humanité dans ces régions supérieures. En unissant le passé humain et la divinité en de solennels moments d’émotion religieuse, on scellait le lien entre la divinité et l’humanité.

Le souverain, qui honorait la divinité dans ses ancêtres, était par là le Fils du Ciel en qui le monde céleste et le monde terrestre entraient mystiquement en contact. Ces pensées constituent le résumé ultime et suprême de la civilisation chinoise. Confucius a lui-même déclaré au sujet du grand sacrifice au cours duquel ces rites étaient accomplis : « Celui qui aurait pleinement com- pris ce sacrifice pourrait gouverner le monde comme s’il le faisait tourner dans le creux de sa main ».

Les traits

Six au commencement signifie :

Un enthousiasme qui s’extériorise apporte l’infortune. Il s’agit d’un homme placé dans une situation inférieure. Il a de belles relations qui l’exaltent et dont il se glorifie. Cette arrogance lui attire fatale- ment l’infortune. L’enthousiasme ne doit jamais être un sentiment égoïste, mais il n’a sa justification que comme un état d’âme universel qui nous unit à autrui.

Six à la deuxième place signifie :

Ferme comme une pierre. Pas un jour entier. La persévérance apporte la fortune.
Ici est désigné quelqu’un qui ne se laisse égarer par aucune illusion. Tandis que d’autres sont aveuglés par l’enthousiasme, il reconnaît avec une parfaite clarté les premiers signes du temps. Il ne flatte pas ceux qui sont au-dessus de lui et ne néglige pas ses inférieurs. Ainsi il est ferme comme une pierre. Dès qu’apparaît le premier indice de désaccord, il sait battre en retraite au moment voulu, sans tarder même un seul jour. La persévérance dans une pareille façon d’agir apporte la fortune.

Confucius dit à ce sujet : « Connaître les germes est assurément divin. L’homme noble ne flatte pas, dans son commerce avec les supérieurs, et il n’est pas arrogant dans son commerce avec les inférieurs. Assurément il connaît les germes. Les germes sont l’imperceptible premier début du mouvement, ce qui se manifeste en premier lieu comme porteur de fortune (et d’infortune). L’homme noble voit les germes et agit aussitôt. Il n’attend même pas un jour entier. Il est dit dans le Livre des Transformations : « Ferme comme une pierre. Pas un jour entier. La persévérance apporte la fortune. » « Ferme comme une pierre : pourquoi un jour entier ? On peut connaître le jugement. L’homme noble connaît le caché et le visible. Il connaît le faible, et le fort aussi : Voilà pourquoi les dix mille êtres tournent les yeux vers lui ».

Six à la troisième place signifie :

Un enthousiasme qui regarde en haut crée le remords. Hésiter apporte le remords.
On a ici l’inverse du trait précédent : là, autonomie, ici, regard enthousiaste vers les hauteurs. Si l’on hésite trop longtemps, cela aussi crée le re- mords. Il faut saisir le bon moment pour s’approcher. C’est seulement ainsi que l’on agit de façon juste.

Neuf à la quatrième place signifie :

La source de l’enthousiasme. Il atteint à la grandeur. Ne doute pas. Tu rassembles des amis autour de toi comme une pince à cheveux serre la chevelure. L’oracle présente ici quelqu’un qui est capable de susciter l’enthousiasme par son assurance et sa liberté de pensée parce qu’il ne doute pas et qu’il est entièrement sincère, il attire les hommes à lui. Parce qu’il leur donne confiance, il les gagne à une collaboration enthousiaste et il réussit. Comme une pince fait tenir les cheveux et les réunit, il unit les hommes en les faisant tenir ensemble.

Six à la cinquième place signifie :

Malade de façon persistante, et pourtant il ne meurt pas.
L’enthousiasme est ici contrarié. On se trouve placé sous une pression constante qui ne permet pas de respirer librement. Mais cette pression a son bon côté. On est ainsi préservé de consumer ses forces en enthousiasme creux. La pression constante peut ainsi bel et bien servir à conserver quelqu’un en vie.

Six en haut signifie :

Enthousiasme aveuglé. Mais lorsqu’après être parvenu à l’achèvement on change, il n’y a pas de blâme. Quand on se laisse aveugler par l’enthousiasme, cela est mauvais. Mais lorsqu’à son tour cet aveuglement est devenu une affaire dépassée et que l’on peut encore changer d’attitude, on est exempt de blâme. Se dégriser après un enthousiasme mal placé est chose tout à fait possible et très favorable.

17. Souei / La suite

En haut est le joyeux dont le caractère est la gaîté, en bas, l’éveilleur dont le caractère est le mouvement. La gaîté unie au mouvement fait que l’on suit. Le joyeux est la plus jeune fille ; l’éveilleur, le fils aîné. Un homme d’un certain âge s’incline devant une jeune fille et lui témoigne de la considération. De cette manière, il l’émeut si bien qu’elle le suit.

Le jugement

LA SUITE obtient une sublime réussite.La persévérance est avantageuse. Pas de blâme.Pour se faire une suite, on doit d’abord savoir s’adapter. Ce n’est qu’en servant que l’on en vient à commander, car ce n’est qu’ainsi qu’on obtient l’accord joyeux des inférieurs, lequel est nécessaire pour qu’ils suivent. Là où l’on doit forcer à suivre en usant de ruse et de violence, de conspiration et d’esprit partisan, il s’élève toujours une résistance qui empêche la libre adhésion.

Mais un mouvement joyeux peut également conduire à de fâcheux résultats. C’est pourquoi on ajoute comme condition : « La persévérance est avantageuse », c’est-à-dire la constance dans le bien et « l’absence de blâme ». De même que l’on ne peut s’acquérir une suite qu’à cette condition, c’est seulement à cette condition que l’on peut suivre les autres sans dommage. L’idée de se créer une suite moyennant l’adaptation aux exigences de l’heure est grande et importante ; c’est pourquoi le jugement annexé est si favorable.

L’image

Au milieu du lac est le tonnerre : image de la SUITE. Ainsi, à la tombée de la nuit,
le sage entre dans la récréation et le repos. A l’automne, l’électricité se retire dans la terre et entre en sommeil. Le tonnerre au milieu du lac est pris comme image ; non le tonnerre en mouvement, mais le tonnerre dans son repos hivernal. La suite ressort de cette image avec le sens d’adaptation aux exigences du temps. Le tonnerre au mi- lieu du lac indique le temps de l’obscurité et du repos. Ainsi le sage, après avoir manifesté tout le jour une activité créatrice, s’accorde récréation et repos quand vient la nuit. Une situation ne peut devenir bonne que si l’on sait s’y adapter et si l’on ne s’use pas dans une résistance déplacée.

Les traits

Neuf au commencement signifie :

La mesure change. La persévérance apporte la fortune. En sortant à la porte en compagnie on accomplit des oeuvres. Il existe des situations exceptionnelles où l’attitude du guide et de ce- lui qu’il conduit se modifie. Il y a dans l’idée d’adaptation et de suite la notion que celui qui veut diriger les autres demeure accessible et se laisse déterminer par les vues de ses subordonnés. Ce faisant, on doit toutefois avoir des principes fermes afin de ne pas être vacillant là où il ne s’agit que d’opinions éphémères. Du moment que l’on est prêt à écouter l’avis des autres, on ne doit pas se contenter de rencontrer des gens de son opinion et de son parti, mais on doit sortir à la porte et commercer sans prévention avec des hommes de toute sorte, amis ou ennemis. Ce n’est qu’ainsi qu’on mène une oeuvre à bien.

Six à la deuxième place signifie :

Si l’on s’attache au petit garçon on perd l’homme fort. Dans l’amitié et les rapports étroits il faut choisir avec prudence. On s’entoure soit d’une bonne compagnie, soit d’une mauvaise. On ne peut avoir les deux à la fois. Lorsqu’on s’avilit avec des indignes, on perd l’union avec les hommes de grande valeur spirituelle, les seuls dont l’influence puisse nous être profitable en vue du bien.

Six à la troisième place signifie :

Si l’on s’attache à l’homme fort on perd le petit garçon. En suivant on trouve ce que l’on cherche. Il est avantageux de demeurer persévérant. Lorsqu’on a établi la jonction qui s’impose avec les hommes de valeur, cela entraîne naturellement une certaine perte. On doit se séparer des êtres inférieurs et superficiels. Pourtant on se sentira satisfait au plus profond de soi-même, parce que l’on a ce que l’on recherche et dont on a besoin pour le développement de sa personnalité. Il importe seulement de demeurer ferme. On doit savoir ce que l’on veut et ne pas se laisser égarer par des inclinations passagères.

Neuf à la quatrième place signifie :

Suivre opère la réussite. La persévérance apporte l’infortune. Aller son chemin avec sincérité apporte la clarté. Comment pourrait-il y avoir là un blâme ? Si quelqu’un possède une certaine influence, il est souvent fructueux pour lui de se faire une suite en se montrant condescendant à l’égard des inférieurs. Mais les hommes qui se joignent à lui ne sont pas animés de sentiments honnêtes. Ils poursuivent leur avantage personnel et cherchent à se rendre indispensables par la flatterie et l’obséquiosité. Si l’on s’habitue à de tels partisans au point de ne plus pouvoir se passer d’eux, cela apporte l’infortune. Ce n’est que lorsqu’on est pleinement libéré de son moi personnel et que l’on considère exclusivement ce qui est juste et objectif que l’on reçoit la clarté nécessaire pour pénétrer de tels hommes et qu’on est exempt de tout blâme.

Neuf à la cinquième place signifie :

Sincérité dans le bien. Fortune. Tout homme doit avoir quelque chose qu’il suive et qui lui serve d’étoile conductrice. Celui qui suit avec conviction le bien et le beau peut se trouver fortifié par cette parole.

Six en haut signifie :

Il rencontre une ferme allégeance et s’y trouve encore lié. Le roi le présente à la montagne occidentale.Il s’agit d’un homme qui, en ce qui concerne sa propre personne, a déjà laissé derrière lui les agitations du monde, un très grand sage par conséquent. Mais voici que survient à sa suite quelqu’un qui le comprend et ne le laisse pas aller. Le sage revient donc une fois encore dans le monde et aide cet homme dans son travail. Ainsi prend naissance un lien de nature éternelle. La comparaison est empruntée à la dynastie des Tchéou. Cette dynastie honorait les serviteurs méritants en leur donnant une place dans le temple des ancêtres du souverain. Un tel homme prenait ainsi part au destin de la maison régnante.

18. Kou / Le travail sur ce qui est corrompu

Le caractère chinois Kou représente un plat dans le contenu duquel croissent des vers. C’est la représentation de ce qui est corrompu. Cela est provenu de ce que la douce indifférence du trigramme inférieur s’est unie à la rigide inertie du trigramme supérieur, si bien que les conditions ont dégénéré en stagnation. Puisqu’on se trouve là devant un état de choses qui laisse à désirer, la situation contient en même temps ce qui est nécessaire pour y mettre fin. C’est pourquoi l’hexagramme ne signifie pas simplement : « ce qui est corrompu », mais « ce qui est corrompu, en tant que tâche » ou « le travail sur ce qui est corrompu ».

Le jugement

LE TRAVAIL SUR CE QUI EST CORROMPU possède une sublime réussite. Il est avantageux de traverser les grandes eaux.
Avant le point de départ, trois jours.
Après le point de départ, trois jours.
Ce qui est corrompu par la faute des hommes peut être réparé par le travail des hommes. Ce n’est pas un destin irrévocable, comme à l’époque de la stagnation (n°12), mais une conséquence d’un mauvais usage de la liberté humaine, qui a causé l’état de corruption. Si le travail d’amélioration a de fortes chances de réussir, c’est qu’il est en harmonie avec les possibilités de l’heure. Il faut seulement éviter de reculer d’effroi devant le travail et le danger – symbolisé par la traversée des grandes eaux – mais les empoigner énergiquement. La réussite a toutefois pour condition préalable la réflexion correcte. Cela s’exprime dans la sentence : « Avant le point de départ, trois jours. Après le point de départ, trois jours ». On doit connaître les causes qui ont provoqué la corruption avant de pouvoir y remédier : d’où, attention à l’époque qui précède le point de départ. Il faut en outre veiller à s’engager de façon sûre dans la voie nouvelle de manière à éviter la rechute : d’où, attention après le point de départ. A l’indifférence et l’inertie qui ont provoqué la corruption doivent se substituer la résolution et l’énergie pour qu’à la fin apparaisse un nouveau commencement.

L’image

Au pied de la montagne souffle le vent : image de la CORRUPTION.
Ainsi l’homme noble remue le peuple et fortifie son esprit.

Quand le vent souffle au pied de la montagne il est refoulé et gâte les plantes. Cela réclame une amélioration. Il en va de même des dispositions et des modes de mauvais aloi : elles introduisent la corruption dans la société humaine. Pour écarter ce mal, l’homme noble doit renouveler la société. Les méthodes à employer pour cela sont également empruntées aux deux trigrammes du signe et découlent du simple fait que les effets respectifs de ceux-ci se déploient harmonieusement les uns par rapport aux autres. Le sage doit mettre fin à la stagnation en remuant l’opinion courante (comme le vent agit en remuant les êtres) ; alors le caractère du peuple se fortifie et s’apaise (comme la montagne offre le repos et la nourriture à tout ce qui croît autour d’elle).

Les traits

Six au commencement signifie :

Réparer ce qui a été corrompu par le père. Quand un fils est présent,
aucun blâme ne demeure sur le père défunt. Danger. A la fin, fortune.
L’immobilité rigide dans ce qui a été réalisé a eu pour conséquence la corruption. Mais celle-ci n’est pas encore profondément enracinée, c’est pourquoi il est encore aisé d’y porter remède. C’est comme lorsqu’un fils ré- pare la corruption que son père avait laissé s’introduire. Il ne demeure alors aucun blâme sur le père. Mais on ne doit pas négliger le danger et prendre les choses trop à la légère. Ce n’est que si l’on est conscient du danger lié à toute réforme qu’à la fin tout va bien.

Neuf à la deuxième place signifie :

Réparer ce qui a été corrompu par la mère. On ne doit pas être trop persévérant.
Il s’agit d’une faute où la corruption a été provoquée par la faiblesse. De là le symbolisme de ce qui a été corrompu par la mère. Il est alors nécessaire d’avoir certains égards, une certaine délicatesse en portant remède. On ne doit pas se montrer trop cassant afin de ne pas blesser par de la brusquerie.

Neuf à la troisième place signifie :

Réparer ce qui a été corrompu par le père. Cela provoquera un peu de remords.
Pas de blâme considérable. L’oracle montre ici quelqu’un qui procède avec un peu trop d’énergie en portant remède aux fautes du passé. Il naîtra alors sûrement de temps à autre de petits ennuis et de petits désaccords. Mais mieux vaut un excès qu’un défaut d’énergie. Même si l’on a alors un peu à rougir, on demeure exempt de tout blâme sérieux.

Six à la quatrième place signifie :

Supporter ce qui a été corrompu par le père. En continuant on voit l’humiliation.
Ici est montrée la situation où, par faiblesse, on ne s’oppose pas à la corruption, fruit du passé, qui se déclare maintenant, mais où on la laisse suivre son cours. Si l’on continue ainsi, il s’ensuivra une humiliation.

Six à la cinquième place signifie :

Réparer ce qui a été corrompu par le père. On rencontre l’éloge. On se trouve en présence d’une corruption née de la négligence des époques passées. On ne possède pas la force d’y remédier seul. Toutefois on rencontre des auxiliaires de talent avec l’appui desquels on peut provoquer, sinon un renouveau créateur, du moins une réforme profonde, ce qui est également digne d’éloge.

Neuf en haut signifie :

Il ne sert pas des rois et des princes. Il se fixe des buts supérieurs.
Tous les hommes ne sont pas tenus de se mêler aux affaires du monde. Il en est aussi qui sont parvenus à un tel degré d’évolution intérieure qu’ils ont le droit de laisser l’univers suivre son cours sans se mêler à la vie politique pour la réformer. Cependant cela ne veut pas dire qu’ils doivent se tenir inactifs ou observer une attitude purement critique. Seul le fait de travailler dans sa propre personne aux buts supérieurs de l’humanité justifie une pareille retraite. Car même lorsque le sage se tient éloigné des agitations quotidiennes, il continue de créer des valeurs humaines incomparables pour l’avenir.

19. Lin / L'approche

Le mot chinois Lin possède une série de significations qu’un seul terme français ne peut épuiser. Les anciennes explications du Livre des Transformations indiquent comme premier sens : « grandir ». Ce qui grandit, ce sont les deux traits forts qui poussent dans l’hexagramme à partir du bas.

Avec eux la force lumineuse prend de l’expansion. De là on passe à l’idée d’approche, à savoir, approche de ce qui est fort, de ce qui est supérieur, par rapport à ce qui est bas. On a alors enfin le sens de condescendance d’un homme supérieur envers le peuple et celui de mise en route des affaires. L’hexagramme est rattaché au douzième mois (janvier-février), car après le solstice d’hiver la force lumineuse est conçue comme étant en ascension.

Le jugement

L’APPROCHE possède une sublime réussite.
La persévérance est avantageuse.
Lorsque vient le huitième mois, c’est l’infortune.

L’hexagramme dans son ensemble indique une ère de progrès pleine d’espérance joyeuse. Le printemps va venir. La joie et la facilité d’humeur rapprochent l’un de l’autre le haut et le bas. Le succès est assuré. Le caractère favorable de l’époque y suffit. Une chose encore : le printemps n’est pas éternel. Au huitième mois, les aspects se sont inversés. Il ne reste plus que deux traits forts qui n’avancent pas, mais reculent (cf. l’hexagramme suivant). Il convient de réfléchir en temps opportun à ce revirement. Si l’on pré- vient le mal avant qu’il se soit manifesté et même avant qu’il ait seulement commencé à poindre, alors on s’en rendra maître.

L’image

Au-dessus du lac est la terre : image de l’APPROCHE.
Ainsi l’homme noble est inépuisable dans son dessein d’enseigner et sans limites pour supporter et protéger le peuple.

La terre limite d’en haut le lac ; c’est l’image de l’approche et de la condescendance de l’homme supérieur envers ceux qui se tiennent au fond. L’application de l’hexagramme à ces deux catégories d’êtres découle de chacune de ses parties. De même que le lac indique une profondeur inépuisable, le sage est inépuisable dans sa disposition à instruire les hommes ; et de même que la terre est vaste et sans limites et qu’elle supporte et conserve toutes les créatures, ainsi le sage supporte et conserve les hommes, sans exclure une partie de l’humanité par des limites de quelque nature que ce soit.

Les traits

Neuf au commencement signifie :

Approche en commun. La persévérance apporte la fortune.
Le bien commence à percer et trouve bon accueil aux postes d’influence. De là l’impulsion s’efforce d’atteindre les hommes de valeur. On peut alors se joindre à la marche en avant. Il faut seulement veiller à ne pas se perdre dans le courant de l’époque et à demeurer constant dans la bonne direction ; cela apporte la fortune.

Neuf à la deuxième place signifie :

Approche en commun. Fortune. Tout est avantageux.
On se trouve dans la situation d’être incité d’en haut à s’approcher et, parce que l’on possède en soi la force et la logique qui n’ont pas besoin d’admonition, on obtient la fortune. Même l’avenir ne doit pas être cause de souci. On sait bien que tout ce qui est terrestre est passager et que toute ascension est suivie d’une descente ; mais on ne se laisse pas égarer par ce destin universel. Tout est avantageux. C’est pourquoi on marchera sur le chemin de la vie rapidement, bravement et hardiment.

Six à la troisième place signifie :

Approche commode. Rien qui ne soit avantageux. Si l’on est amené à se désoler à ce sujet, on devient exempt de blâme. On va joyeusement de l’avant. On parvient au pouvoir et à l’influence. Mais cela dissimule le risque que l’on ne se relâche et que, confiant dans sa situation, on ne laisse apparaître ce sentiment d’aisance et d’insouciance dans ses rapports avec les hommes. Cela est fâcheux à tous points de vue. Cependant la possibilité est fournie d’un changement de dispositions.

Si l’on éprouve du chagrin de son attitude défectueuse et si l’on a le sentiment de la responsabilité qu’entraîne un poste influent, alors on s’affranchit des fautes.
Six à la quatrième place signifie : Approche parfaite. Pas de blâme.
Tandis que les trois traits d’en bas désignent l’ascension vers le pou- voir et l’influence, les trois traits d’en haut montrent l’attitude du supérieur à l’égard des inférieurs auxquels il ménage de l’influence. Ici est montrée l’approche parfaite et sans préjugés d’un homme supérieur vers un homme de talent qu’il attire dans sa sphère, sans prévention de caste. Cela est très favorable.

Six à la cinquième place signifie :

Sage approche. Cela est bon pour un grand prince. Fortune.
Un prince ou quiconque occupe une position dirigeante doit avoir la sagesse d’attirer dans son entourage des hommes de valeur et experts à diriger. Sa sagesse consiste aussi bien à savoir choisir les hommes qu’il faut qu’à laisser faire ceux qu’il a choisis sans s’immiscer lui-même dans les affaires. Ce n’est en effet que par une telle réserve qu’il trouvera, en toutes circonstances, les gens nécessaires pour y faire face de façon adéquate.

Six en haut signifie :

Approche magnanime. Fortune. Pas de blâme.

Un sage qui a vaincu le monde et qui, intérieurement, en a terminé avec la vie, peut, dans certains cas, se trouver amené à rentrer encore une fois dans ce bas monde et à s’approcher des hommes. C’est là une grande fortune pour les hommes auxquels il confère son enseignement et son aide. Mais en ce qui le concerne, également, cet abaissement magnanime ne donne lieu à aucun blâme.

20. Kouan / La contemplation (la vue)

Le nom chinois de l’hexagramme a, moyennant une légère modification d’accent, un double sens. D’un côté, il signifie la contemplation, et de l’autre, le fait d’être regardé, d’être un modèle. Ces idées sont suggérées par le fait que l’hexagramme peut être compris comme l’image d’une tour telle qu’il en existait un grand nombre dans l’ancienne Chine. Du haut de ces tours on avait une vue étendue à la ronde, et, d’autre, part, une telle tour située au haut d’une montagne était visible au loin. Ainsi l’hexagramme montre un souverain qui contemple en haut la loi du ciel et en bas les coutumes du peuple et qui constitue, grâce à son bon gouvernement, un exemple élevé pour les masses. Ce signe est rattaché au huitième mois (septembre-octobre). La forcé lumineuse se retire, celle de l’obscurité est de nouveau en ascension. Toutefois cet aspect n’entre pas ici en ligne de compte pour l’interprétation d’en- semble de l’hexagramme.

Le jugement

LA CONTEMPLATION.
L’ablution a eu lieu, mais non encore l’offrande. Pleins de confiance, ils lèvent les yeux vers lui.Le rituel du sacrifice, en Chine, débutait par une ablution et une libation qui constituaient une invocation de la divinité. Après quoi, on offrait le sacrifice. L’intervalle de temps entre ces deux rites est le plus sacré, le moment de suprême recueillement intérieur. Lorsque la piété est inspirée par la foi et sincère, la contemplation du spectacle qu’elle offre transforme ceux qui en sont témoins et leur inspire du respect.

Ainsi la nature peut offrir le spectacle d’une réalité grave et sainte dans la régularité avec laquelle se déroulent tous les phénomènes. La contemplation du sens divin des événements de l’univers met entre les mains de celui qui est appelé à agir sur les hommes le moyen d’exercer les mêmes effets. Il faut pour cela un recueillement intérieur semblable à celui produit par la contemplation religieuse chez des hommes d’envergure dotés d’une foi robuste. Ils voient ainsi les lois divines et mystérieuses de la vie et ils leur donnent de se réaliser dans leur propre personnalité, grâce à l’extrême intensité de leur recueillement. Il émane par suite de leur vue un mystérieux pouvoir spirituel qui agit sur les hommes et les assujettit, sans qu’ils aient conscience de la manière dont cela se produit.

L’image

Le vent souffle sur la terre : image de la CONTEMPLATION. Ainsi les anciens rois visitaient les régions du monde, contemplaient le peuple et dispensaient l’enseignement. Quand le vent souffle sur la terre, il se rend présent partout et l’herbe doit se courber sous sa puissance. Ces deux faits trouvent leur confirmation dans l’hexagramme. Les deux images symbolisent la manière d’agir des rois de l’antiquité : d’une part, grâce à des voyages réguliers, ils se procuraient la vue de leurs sujets si bien qu’aucune coutume en vigueur dans le peuple ne pouvait leur échapper et, ce faisant, ils exerçaient d’autre part leur influence grâce à laquelle les usages inadéquats étaient modifiés.

L’ensemble indique le pouvoir de la personnalité supérieure. Un tel homme aura une vue d’ensemble de la grande multitude et de ses dispositions véritables, de telle sorte qu’il ne pourra pas être dupé ; d’autre part, il exercera son influence sur elle par sa simple existence, si bien qu’elle se réglera d’après lui comme l’herbe d’après le vent.

 

Les traits

Six au commencement signifie : Contemplation d’un petit garçon.
Pour un homme vulgaire, pas de blâme. Pour un homme noble, humiliation.
L’oracle montre ici une contemplation sans intelligence et de loin. Quelqu’un agit, mais ses actes ne sont pas compris des hommes vulgaires. Cela n’a pas d’importance pour les masses, qu’elles comprennent ou non les actions des sages gouvernants, celles-ci tournent de toute manière à leur bien. Mais pour un homme supérieur, c’est une honte. Il ne doit pas se contenter d’une contemplation stupide et sans compréhension de l’influence des gouvernants. Il lui faut les contempler comme un tout cohérent et chercher à en saisir le sens.

Six à la deuxième place signifie :

Contemplation à travers la fente de la porte.
Avantageuse pour la persévérance d’une femme. A travers la fente d’une porte on n’a qu’une vue limitée. On voit de l’intérieur vers l’extérieur. Le mode de contemplation est subjectivement limité. On rapporte tout à soi, mais l’on ne sait pas se mettre à la place des autres et entrer dans leurs mobiles. Cela convient à une bonne ménagère. Elle n’a besoin de rien com- prendre aux affaires du monde. Pour un homme qui doit oeuvrer dans la vie publique, un tel mode de contemplation égoïste et limité est naturellement mauvais.

Six à la troisième place signifie :

La contemplation de ma vie décide du progrès ou du recul.
C’est ici la place de transition. On ne regarde plus vers l’extérieur pour recueillir des images plus ou moins limitées et confuses, mais on oriente la contemplation vers soi-même afin de trouver une direction pour les décisions à prendre. Cette intériorisation de la contemplation est bel et bien une victoire sur l’égoïsme naïf qui observe tout de son point de vue personnel. On parvient à la réflexion et, par là, à l’objectivité. Toutefois la connaissance de soi n’est pas l’examen de notre propre pensée, mais des actes que nous produisons. Seules les actions de notre vie donnent une image qui nous autorise à décider du progrès ou du recul.

Six à la quatrième place signifie :

Contemplation de la lumière du royaume. Il est avantageux d’agir comme hôte d’un roi. Ici se trouve désigné un homme qui comprend le secret grâce auquel on fait prospérer un royaume. Untel homme doit être mis à une place d’autorité où il pourra agir. Il doit être en quelque sorte un hôte ; autrement dit, il faut qu’il puisse agir en toute indépendance et être respecté, et non utilisé comme instrument.

Neuf à la cinquième place signifie :

Contemplation de ma vie.L’homme noble est sans tache. Un homme à un poste d’autorité vers lequel les autre lèvent les yeux doit être constamment prêt à s’examiner lui-même. La manière correcte de s’examiner ne consiste pas cependant à réfléchir sur soi-même sans agir, mais à examiner les résultats que l’on produit. C’est seulement si ces résultats sont bons et si nous exerçons une influence sur autrui que la contemplation de notre propre vie nous procurera la satisfaction d’être exempts de faute.

Neuf en haut signifie :

Contemplation de sa vie. L’homme noble est sans tache. Tandis que le trait précédent représente un homme qui s’examine lui-même, ici, à la place la plus élevée, tout élément personnel et lié au moi est exclu. On montre ainsi un sage qui, hors de l’agitation du monde et libéré du moi, contemple la loi de la vie et reconnaît que le bien suprême est de savoir comment demeurer exempt de blâme.

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